Reprise depuis le 11 novembre au Palais Garnier, Les Noces de Figaro version Netia Jones revisitent l’œuvre de Mozart et Beaumarchais à travers une mise en scène audacieuse, transposée dans les coulisses d’un opéra contemporain. Une relecture qui ne fait pas l’unanimité, malgré une distribution de haut vol et une direction musicale efficace.
Mozart mis à l’épreuve de la modernité
Présentée pour la première fois en 2022, cette production de Figaro conserve sa vitalité, portée par une distribution prestigieuse : Christian Gerhaher (le comte), Sabine Devieilhe (Suzanne), Hanna-Elisabeth Müller (la comtesse), Gordon Bintner (Figaro) et Lea Desandre (Chérubin). Dirigé par Antonello Manacorda, l’Orchestre de l’Opéra national de Paris soutient avec précision ce récit musical de près de 3h30, donné en italien avec surtitrages français et anglais.
Mais c’est la mise en scène de Netia Jones qui divise. Aux décors traditionnels du XVIIIe siècle, la metteuse en scène britannique préfère l’envers du décor : les loges, les foyers, les ateliers. Figaro devient perruquier, Suzanne costumière et Barberine danseuse. Des personnages qui répètent une œuvre au sein même du Palais Garnier, dans un univers où baskets, projecteurs et caméras croisent perruques et brocarts. La vidéo y tient une place centrale, avec des projections de chiffres, de mesures, de durées — des choix qui ont parfois dérouté une partie du public, notamment lors de la représentation du 18 novembre, saluée mais non exempte de critiques.
Une lecture #MeToo assumée, mais discutée
Avec cette transposition dans un opéra moderne, Netia Jones inscrit son Figaro dans un contexte post-#MeToo. Le comte Almaviva n’est plus seulement un noble abusant de son pouvoir, il devient un chorégraphe vieillissant aux comportements déplacés. La volonté de dénoncer la persistance des violences faites aux femmes est manifeste et assumée, comme elle l’a expliqué à franceinfo Culture. Selon elle, l’univers de l’opéra reste largement dominé par les hommes, à la fois dans les récits et dans l’organisation institutionnelle.
Pourtant, cette lecture contemporaine ne convainc pas tout le monde. Certains critiques, comme ceux du Figaro, regrettent que le propos social prenne le pas sur la finesse de la musique de Mozart, ou encore que la mise en scène frôle parfois l’illustration pédagogique. L’original de Beaumarchais portait déjà en germe une critique des privilèges et du patriarcat, habilement camouflée dans la comédie. Da Ponte et Mozart, contraints par la censure viennoise, avaient d’ailleurs gommé certaines aspérités.
Reste une version qui ne laisse pas indifférent. Si certains regrettent que la magie mozartienne s’efface derrière la démonstration, d’autres saluent une relecture ambitieuse et engagée, à découvrir jusqu’au 27 décembre au Palais Garnier.