Isabelle Carré signe un premier film sensible sur la détresse psychique adolescente
Isabelle Carré signe un premier film sensible sur la détresse psychique adolescente

Avec Les Rêveurs, en salles le 12 novembre, Isabelle Carré passe derrière la caméra pour la première fois. Inspirée de son roman autobiographique publié en 2018, cette œuvre intime revient sur une hospitalisation vécue à 14 ans. À travers le récit d’Élisabeth, son alter ego à l’écran, l’actrice et réalisatrice entend faire résonner les blessures de sa jeunesse avec celles des adolescents d’aujourd’hui, de plus en plus nombreux à souffrir en silence.

Une autobiographie mise en scène pour dire l’indicible

Le déclic de ce film, Isabelle Carré le doit au confinement. En voyant les chiffres alarmants sur la santé mentale des jeunes, elle a ressenti le besoin de partager son propre passé. « Mettre en perspective mon internement dans les années 80 avec ce que vivent beaucoup de jeunes aujourd’hui avait du sens », confiait-elle à France Télévisions. C’est donc sous les traits d’Élisabeth, comédienne qui anime des ateliers d’écriture dans un hôpital pour adolescents, que la réalisatrice explore sa mémoire.

Le film s’articule autour d’un double mouvement : le présent d’Élisabeth, confrontée à la détresse de jeunes en pédopsychiatrie, et son propre passé, marqué par une tentative de suicide et une hospitalisation dans un établissement rigide et médicalisé. À travers cette mise en miroir, Les Rêveurs interroge les méthodes de soins, la solitude des patients, mais aussi le pouvoir libérateur de la création artistique. Car c’est le théâtre – découvert à l’hôpital – qui devient pour l’adolescente une échappatoire et, in fine, une vocation. Une scène avec un film de Romy Schneider vu à l’adolescence cristallise cet éveil : « Je voulais faire comme elle, être comédienne », se souvient-elle.

Une œuvre engagée pour éveiller les consciences

Outre son récit personnel, Isabelle Carré inscrit son film dans une urgence collective. Selon les chiffres cités au générique, le nombre d’hospitalisations de jeunes filles âgées de 10 à 14 ans pour tentative de suicide a explosé de 246 % en quinze ans. « Un jeune sur deux ne peut pas être suivi, par manque de moyens et de place », dénonce-t-elle. Elle espère que son film, en brisant les tabous, pourra « redonner goût à la vie » à quelques spectateurs fragilisés.

Le casting, très juste, renforce la portée émotionnelle du récit. Tessa Dumont Janod, révélation du film, incarne avec intensité la jeune Élisabeth. Nicole Garcia, Bernard Campan ou encore Alex Lutz accompagnent cette fresque oscillant entre douleur et poésie. La bande originale, signée Benoît Carré, frère de la réalisatrice, ajoute une dimension fraternelle à ce projet profondément personnel.

Présenté au Festival du film francophone d’Angoulême, Les Rêveurs a ému par sa sincérité. En mêlant souvenirs, transmission et regard social, Isabelle Carré réussit un premier film à la fois pudique et engagé. Une œuvre qui rappelle, sans pathos, que la fragilité psychique des adolescents mérite écoute, attention et surtout, des moyens à la hauteur de l’enjeu.

Que retenir rapidement ?

Avec Les Rêveurs, en salles le 12 novembre, Isabelle Carré passe derrière la caméra pour la première fois. Inspirée de son roman autobiographique publié en

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