Dans La Bonne Étoile, Pascal Elbé signe une comédie dramatique aussi audacieuse qu’émouvante, ancrée dans la France de 1940. Mené par un Benoît Poelvoorde au sommet de son art, le film détourne les codes du récit de guerre pour livrer une satire burlesque qui frappe juste.
Un imposteur en temps de guerre
Jean Chevalin n’est pas un héros. Il n’est même pas un soldat courageux. C’est un cantinier fatigué, lâche par instinct de survie, qui survit par miracle à un bombardement dans les Vosges. À son retour chez lui, sa famille – notamment son épouse excédée (Audrey Lamy) – le traite de déserteur. Pour fuir la honte et échapper à la répression, il a une idée saugrenue : se faire passer pour juif, convaincu que cela facilitera son passage en zone libre. Une imposture absurde, tragique et comique, qui donne le ton d’un film où le grotesque côtoie sans cesse la gravité.
Inspiré du roman Le Nazi et le Barbier d’Edgar Hilsenrath, La Bonne Étoile transpose l’idée d’un usurpateur d’identité dans le contexte français de l’Occupation. Poelvoorde, dans l’un de ses rôles les plus riches, campe un personnage veule, ridicule mais terriblement humain. Il navigue entre gaffes, quiproquos et moments de vérité avec une justesse rare.
Entre satire historique et dénonciation des clichés
Pascal Elbé parvient à éviter l’écueil du ton déplacé en assumant pleinement le mélange des registres. À l’image de La Vie est belle de Roberto Benigni ou de Jojo Rabbit de Taika Waititi, La Bonne Étoile ose rire d’une période tragique pour mieux en révéler les absurdités. Ce pari risqué fonctionne grâce à une galerie de personnages secondaires savoureux : Zabou Breitman incarne une baronne résistante aussi rusée qu’excentrique, organisant des sabotages entre deux dîners avec des officiers allemands ; Pascal Elbé lui-même joue un père juif prêt à tout pour retrouver son fils arrêté par les nazis.
Le film multiplie les scènes mémorables, comme celle où Chevalin doit réciter la prière du shabbat devant des familles juives réfugiées, et improvise un “Notre Père” avec un aplomb confondant. Au-delà du rire, La Bonne Étoile démonte les préjugés antisémites à travers le regard d’un homme confronté à l’absurdité de ses propres croyances.