Dans Dossier 137, en salle depuis le 19 novembre, Dominik Moll délaisse les zones d’ombre d’un féminicide (La Nuit du 12) pour s’attaquer à une autre plaie contemporaine : les violences policières. À travers l’histoire d’un jeune manifestant grièvement blessé lors d’un rassemblement de Gilets jaunes, le cinéaste construit une enquête minutieuse portée par Léa Drucker, incarnant une inspectrice de l’IGPN en quête de justice dans un système verrouillé.
Une affaire sensible dans une société sous tension
Le film s’ouvre dans la liesse d’une famille provinciale en route vers Paris pour sa première manifestation des Gilets jaunes. Mais l’ambiance bascule : une charge policière, un tir de LBD, un jeune homme effondré. La plainte déposée par la mère du blessé déclenche l’ouverture du dossier 137, confié à Stéphanie, une commandante de l’IGPN scrupuleuse et déterminée.
Dominik Moll, fidèle à sa démarche réaliste et rigoureuse, ancre son récit dans les événements du 8 décembre 2018, en plein cœur du mouvement des Gilets jaunes. Selon France Télévisions, le scénario décortique avec précision le cheminement administratif et judiciaire d’un cas typique mais explosif. À travers les auditions, la reconstitution des faits et les silences gênés des unités impliquées – en particulier une brigade de la BRI, peu formée au maintien de l’ordre – se dessine un tableau complexe de la gestion du désordre public et de ses dérives.
Le lien personnel entre l’enquêtrice et la victime tous deux originaires de la même ville sinistrée du Grand Est, Saint-Dizier agit comme un moteur narratif. Ce détail, s’il peut sembler improbable, apporte selon Télérama une densité émotionnelle à une procédure souvent aseptisée, sans pour autant tomber dans le pathos.
Une mise en scène entre rigueur procédurale et tension politique
Dominik Moll livre ici un film ouvertement politique, sans jamais verser dans la dénonciation frontale. Le réalisateur dresse le portrait d’une institution sous pression, tiraillée entre loyauté interne et devoir de vérité, tout en exposant la défiance grandissante d’une société envers ses forces de l’ordre. Dossier 137 met en lumière les failles structurelles d’un système : des policiers envoyés sans préparation dans des manifestations tendues, un ministère rétif à reconnaître la notion même de « violences policières », et une chaîne de commandement qui préfère étouffer plutôt que reconnaître.
La mise en scène joue d’un réalisme glacial, alternant entre images de vidéosurveillance, documents administratifs, flash-back flous et séquences d’interrogatoire. Cette esthétique quasi documentaire, soulignée par France Télévisions, confère au film une authenticité troublante, d’autant plus marquée qu’elle est contrebalancée par une mise en scène millimétrée : plans fixes, champs-contrechamps rigoureux, lumière blafarde.
Léa Drucker, déjà saluée pour ses rôles intérieurs, incarne une fonctionnaire dévouée, tiraillée entre ses responsabilités professionnelles et sa vie de mère. Sa prestation, tout en retenue et en tension contenue, fait de Stéphanie une figure à la fois familière et admirable. Le film, par cette dimension humaine, devient aussi un manifeste discret sur la place des femmes dans une institution encore très masculine.