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Le salaire de Nagui révélé à l’Assemblée (2.500€ par émission). L’animateur s’énerve: «Vous me jetez en pâture en déclenchant des menaces et des messages racistes»

L’audition de Nagui devant la commission d’enquête sur l’audiovisuel public, à l’Assemblée nationale, a viré au clash ce mercredi. Pendant de longues minutes, “N’oubliez pas les paroles”, l’un des programmes phares de France 2, s’est retrouvé au coeur des débats, sur fond de questions autour de la rémunération de l’animateur, du budget de l’émission, de sa marge et des conditions de travail sur le plateau.

Cette audition a pris la forme d’un affrontement personnel et politique entre Nagui et le rapporteur de la commission, le député Charles Alloncle, dans un climat particulièrement tendu.

Le montant de 2500 euros par émission avancé devant la commission

Au cours de l’audition, Charles Alloncle a affirmé que les documents transmis par France Télévisions mentionnaient pour N’oubliez pas les paroles un montant de 2500 euros pour Nagui par émission de 30 minutes, soit 1,5 million d’euros par an pour ce seul programme. Le député a ajouté que cette somme aurait bénéficié d’une rallonge de 378000 euros supplémentaires cette année, un niveau qu’il a jugé supérieur à la rémunération de Delphine Ernotte.

Nagui a immédiatement contesté cette lecture. Selon lui, la somme inscrite dans les documents budgétaires ne correspond pas à une rémunération effectivement versée, mais à une ligne de valorisation de l’animateur dans l’économie du programme. Il a expliqué que ce montant représentait la valeur théorique de la fonction si un autre animateur reprenait les commandes de l’émission, et non l’argent qu’il percevrait personnellement. Il a insisté sur le fait que cette somme relevait de la gestion de la société et non d’un versement direct à son profit.

Face à cette explication, Charles Alloncle a affiché à plusieurs reprises son scepticisme, maintenant ses interrogations sur la réalité de cette ligne budgétaire.

Un clash immédiat sur les accusations visant Nagui

Avant même d’entrer dans le détail des chiffres, Nagui a donné à son audition un ton particulièrement offensif. Dès le préambule, l’animateur a annoncé avoir déposé plainte contre X pour cyberharcèlement, “fin janvier, début février”, affirmant être la cible d’une “campagne de haine” déclenchée, selon lui, par une interview accordée par Charles Alloncle à la fin de l’année 2025.

Au cours de cette charge directe, Nagui a accusé le député de l’avoir publiquement exposé sans preuve. Il lui a lancé : « Vous me jetez en pâture sans preuve en déclenchant des menaces et des messages racistes ». Dans la foulée, il a également dénoncé les conséquences personnelles de cette polémique. « Votre intuition, comme vous dites, a déclenché à mon encontre des injures, des menaces, des incitations à porter atteinte à mon intégrité physique, le tout avec de nombreux messages racistes », a-t-il déclaré. Puis il a ajouté : « Je protège ma famille, je vis avec des agents de sécurité (…) vous mettez ma famille en danger. »

Toujours dans cette même séquence, Nagui a encore accusé le rapporteur de la commission de l’avoir exposé médiatiquement sans élément tangible. « Je ne sais pas à quoi vous vous attendiez (…) en me jetant en pâture comme ça, sans aucune preuve, à part votre intuition », a-t-il lancé, en l’appelant volontairement “Charles-Henri Alloncle”, en utilisant son prénom complet.

Le député a immédiatement répliqué en affirmant être lui aussi visé par des menaces de mort à la suite de la réponse publiée par Nagui sur les réseaux sociaux, ce qui a encore alourdi le climat de l’audition.

Les déclarations de Charles Alloncle sur un enrichissement “sur l’argent public”

Cette confrontation a lieu en pleine polémique. Dans une interview accordée fin 2025, Charles Alloncle avait nommément mis en cause Nagui, en le présentant comme “la personne, sur les dix dernières années en France, qui s’est le plus enrichie sur l’argent public”. Il avait alors estimé que cela se comptait “en centaines de millions” d’euros, en faisant référence aux émissions produites par la société de Nagui pour France Télévisions. Le député avait toutefois précisé qu’il s’exprimait au conditionnel.

Lors de ses premières questions à l’Assemblée, Charles Alloncle a également ravivé la vieille controverse des “animateurs-producteurs” des années 1990, un épisode dans lequel le nom de Nagui avait déjà été cité à l’époque.

Face à ces accusations, l’animateur a dénoncé une confusion entre les résultats financiers d’une entreprise et son enrichissement personnel. « Vous créez du buzz en confondant chiffre d’affaires et bénéfices », a-t-il lancé au député UDR, allié du Rassemblement national.

Une marge de 25% évoquée pour “N’oubliez pas les paroles”

Après la rémunération de l’animateur, le débat s’est déplacé sur la rentabilité du jeu musical. Charles Alloncle a affirmé que N’oubliez pas les paroles dégagerait une marge de 25%, là où celle de programmes comparables se situerait plutôt entre 10% et 15%.

Nagui a répondu qu’il ne savait pas d’où venait ce chiffre. Il a demandé au député de lui transmettre les documents auxquels il faisait référence, en indiquant qu’il apporterait une réponse écrite sur ce point. Là encore, le désaccord entre les deux hommes a illustré la difficulté à faire converger les lectures sur l’économie réelle du programme.

Les conditions de tournage et la rémunération des équipes relancent la polémique

L’audition a ensuite porté sur les salaires et le rythme de travail des intervenants présents sur le plateau, qu’il s’agisse des danseurs, des musiciens ou de ceux que la production appelle les “ambianceurs”. Charles Alloncle a notamment cité le témoignage d’un ancien danseur de l’émission, qui aurait décrit un rythme de travail “insupportable”, allant jusqu’à dire : « C’est un des pires jobs, qui soit ! »

Le député a aussi repris des propos de Patrick Sébastien, selon lesquels la production enregistrerait jusqu’à 14 émissions par jour en payant 100 euros certains danseurs. Il a alors interrogé Nagui sur la conformité de ces pratiques avec le droit social.

L’animateur a rejeté cette présentation. Il a affirmé que la production respectait les conventions collectives et que les ambianceurs étaient payés au cachet, sur la base des minimas correspondant à leur statut. Il a précisé que la somme avancée de 100 euros était inexacte et qu’elle était en réalité supérieure de 50%, soit 150 euros. Il a également souligné que ces intervenants se relayaient au cours des enregistrements. Nagui a enfin estimé que certaines critiques venaient d’un ancien danseur non reconduit, qui aurait gardé, selon lui, “une certaine aigreur”.

De 6 ou 7 émissions à 14 par jour pour absorber la baisse des budgets

Pour défendre l’organisation du programme, Nagui a replacé l’évolution de N’oubliez pas les paroles dans un cadre budgétaire plus large. Il a expliqué qu’au lancement, la production enregistrait 6 ou 7 émissions par jour, avant d’augmenter progressivement le rythme jusqu’à 14 quotidiennes.

Selon lui, cette évolution est directement liée aux contraintes imposées au service public. Il a affirmé que, depuis la première émission, le prix payé par minute de programme avait baissé de 33% en dix ans, en raison de la diminution des moyens de l’audiovisuel public et des efforts demandés aux producteurs. Nagui a toutefois fait valoir que, malgré cette baisse de 33%, l’émission avait renforcé ses moyens artistiques, avec un nombre de musiciens doublé sur le plateau et l’arrivée des ambianceurs, absents au lancement du programme.

Un contrat de 100 millions d’euros

Nagui est l’une des figures les plus connues de la télévision et de la radio. Sa société Air Productions, rachetée en 2008 par le groupe Banijay, produit par ailleurs plusieurs émissions pour France Télévisions, dont N’oubliez pas les paroles, mais aussi Taratata.

Les relations financières entre et les producteurs sont observées de près. En 2020, il avait été révélé qu’un contrat de 100 millions d’euros avait été conclu entre France Télévisions et Air Productions pour la production, sur trois ans, de plusieurs émissions, dont N’oubliez pas les paroles et Taratata.

Cette audition aura donc cristallisé plusieurs sujets explosifs à a fois : la rémunération des animateurs-producteurs, les marges des sociétés qui travaillent avec l’audiovisuel public et les conditions concrètes de tournage..

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