Mourir plus tôt selon son adresse - la carte française des inégalités face à la mort
Mourir plus tôt selon son adresse - la carte française des inégalités face à la mort

L’endroit où l’on vit en France continue de peser lourdement sur les chances de survie. Une étude récente de l’Insee, fondée sur les données de mortalité observées entre 2020 et 2024, met en lumière des écarts régionaux marqués face au risque de décès annuel, indépendamment de l’âge, du sexe ou du niveau de vie. Derrière ces statistiques se dessine une géographie persistante des inégalités sanitaires, qui s’ajoute aux fractures sociales déjà bien documentées. L’Institut national de la statistique a comparé le risque de mourir dans l’année selon les régions métropolitaines, en prenant le Centre-Val de Loire comme territoire de référence. À profil équivalent, certaines régions offrent manifestement de meilleures perspectives de longévité, tandis que d’autres exposent leurs habitants à une surmortalité durable. Les territoires de l’Ouest et du Sud se distinguent favorablement. Les Pays de la Loire et l’Occitanie affichent le risque de décès le plus faible, avec une probabilité inférieure d’environ 8 % à celle observée dans la région de référence. La Nouvelle-Aquitaine suit de près, avec un risque réduit de 7 %. Ces écarts ne relèvent pas d’un simple hasard statistique mais traduisent des conditions de vie globalement plus favorables, tant sur le plan sanitaire qu’environnemental. À l’autre extrémité du classement, les Hauts-de-France apparaissent comme la région la plus exposée. Le risque d’y mourir dans l’année est supérieur de 17 % à celui du Centre-Val de Loire, même à caractéristiques individuelles comparables. Le Grand Est se situe également dans une zone de surmortalité marquée, avec un excédent de 9 %, suivi par la Normandie, où le risque est supérieur de 5 %. Ces régions cumulent souvent des facteurs défavorables, qu’il s’agisse d’habitudes de santé moins protectrices, d’un environnement plus pollué ou d’un accès aux soins moins homogène.

Des facteurs multiples derrière les écarts régionaux

L’Insee souligne que ces différences s’expliquent par une combinaison de facteurs culturels, comportementaux et structurels. Les habitudes alimentaires, la prévalence du tabagisme ou de la consommation d’alcool, l’exposition à la pollution atmosphérique ou encore la densité et la qualité de l’offre de soins jouent un rôle déterminant. À cela s’ajoutent les héritages industriels et sociaux de certains territoires, qui continuent d’influencer durablement l’état de santé des populations. Au-delà de la dimension géographique, l’étude rappelle l’ampleur des inégalités sociales face à la mort. Sur la période analysée, les écarts d’espérance de vie entre les catégories les plus modestes et les plus aisées restent spectaculaires. Parmi les 5 % d’hommes les plus pauvres, l’espérance de vie à la naissance est estimée à 72 ans, contre 85 ans pour les 5 % les plus favorisés. Chez les femmes, ces chiffres s’élèvent respectivement à 80,1 ans et 88,7 ans. L’écart maximal atteint ainsi 17 années entre les hommes les plus modestes et les femmes les plus aisées. Ces différences traduisent l’impact cumulé du niveau de vie sur la santé, à travers les conditions de travail, l’exposition aux risques professionnels, l’accès à la prévention ou encore les comportements à risque.

Quand le niveau de vie redessine la carte

Lorsque l’Insee neutralise l’effet du revenu et calcule la mortalité régionale tous niveaux de vie confondus, la hiérarchie évolue. L’Île-de-France apparaît alors comme la région où le risque de décès est le plus faible, avec une mortalité inférieure de 7 % à celle du Centre-Val de Loire. Ce résultat s’explique par un niveau de vie moyen plus élevé, mais aussi par une offre de soins dense et diversifiée. À l’inverse, les Hauts-de-France se retrouvent encore davantage pénalisés. Tous niveaux de vie confondus, le risque de décès y dépasse de 21 % celui de la région de référence, confirmant le cumul des fragilités économiques et sanitaires. Cette photographie statistique rappelle que l’espérance de vie ne dépend pas uniquement de choix individuels ou de facteurs biologiques. Elle reste profondément conditionnée par le territoire, l’environnement social et les politiques publiques.

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