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Mort de Paul Barril à 80 ans: le cofondateur du GIGN, ancien homme de l’ombre de l’Élysée, emporte ses secrets

Mort de Paul Barril à 80 ans: le cofondateur du GIGN, ancien homme de l’ombre de l’Élysée, emporte ses secrets
Mort de Paul Barril à 80 ans: le cofondateur du GIGN, ancien homme de l’ombre de l’Élysée, emporte ses secrets

Paul Barril, ancien capitaine de gendarmerie, cofondateur du Groupe d’intervention de la gendarmerie nationale (GIGN) et figure controversée des services de sécurité français, est mort mardi 20 octobre 2026 au soir, à l’âge de 80 ans. Son décès a été confirmé ce mercredi par le GIGN. Longtemps associé aux opérations antiterroristes, aux réseaux de l’Élysée sous François Mitterrand et à plusieurs affaires politico-judiciaires retentissantes, il était malade depuis de nombreuses années. Il souffrait notamment de la maladie de Parkinson et avait également été atteint d’un cancer de la thyroïde.

Son parcours a traversé plusieurs décennies de l’histoire politique et sécuritaire française. Officier d’élite devenu spécialiste de la sécurité privée, Paul Barril a côtoyé les plus hauts responsables de l’État avant de poursuivre ses activités à l’étranger, particulièrement en Afrique. Son nom reste associé à l’affaire des Irlandais de Vincennes, aux écoutes illégales de l’Élysée et aux controverses entourant le génocide des Tutsi au Rwanda.

Un officier d’élite qui a participé à la création du GIGN

Né le 13 avril 1946 à Vinay, en Isère, Paul Barril grandit dans une famille de gendarmes. Son père et son grand-père ont servi dans cette institution. Sportif accompli, pratiquant le karaté, le parachutisme et le tir de précision, il choisit très tôt la carrière militaire et sort major de sa promotion de l’École des officiers de la gendarmerie nationale en 1975.

Il participe dès 1974 à la création du GIGN, sous l’autorité de Christian Prouteau. Cette unité spécialisée dans les interventions à haut risque devient progressivement l’un des symboles de l’excellence opérationnelle française. Paul Barril en occupe les fonctions de commandant en second, puis en assure temporairement le commandement au début des années 1980.

En 1979, il participe à une mission française auprès des autorités saoudiennes lors de la prise d’otages de la Grande Mosquée de La Mecque. Cette opération contribue à sa réputation dans les milieux de l’antiterrorisme. Quelques années plus tard, une grave blessure à l’entraînement et les premières controverses politiques précipitent son départ de l’unité.

François Mitterrand, l’Élysée et les Irlandais de Vincennes

L’arrivée de François Mitterrand à la présidence de la République en 1981 ouvre une nouvelle étape dans sa carrière. En 1982, Paul Barril participe avec Christian Prouteau à la création de la cellule antiterroriste de l’Élysée, directement rattachée à la présidence. Cette structure dispose de moyens importants et opère au cœur du dispositif de sécurité présidentiel.

Son nom apparaît rapidement dans l’affaire des Irlandais de Vincennes. En août 1982, trois ressortissants irlandais sont arrêtés dans un appartement de Vincennes, soupçonnés d’activités terroristes. Des armes et des explosifs sont annoncés comme ayant été découverts lors de la perquisition. L’affaire tourne au scandale lorsque les irrégularités de l’opération et la manipulation des éléments matériels sont révélées.

Paul Barril se retrouve au centre des accusations concernant ce montage. L’affaire porte un coup considérable à la crédibilité de la cellule antiterroriste présidentielle et devient l’un des dossiers les plus embarrassants du premier septennat de François Mitterrand.

Les écoutes illégales de l’Élysée : une condamnation judiciaire

Une autre affaire éclabousse durablement Paul Barril : celle des écoutes téléphoniques clandestines organisées depuis l’Élysée dans les années 1980. Le dispositif permet de surveiller illégalement plusieurs dizaines de personnalités, parmi lesquelles des journalistes, des avocats et des proches du pouvoir.

Le scandale, révélé dans les années 1990, débouche sur une longue procédure judiciaire. En 2005, Paul Barril est condamné par le tribunal correctionnel de Paris à six mois de prison avec sursis et 5 000 euros d’amende pour recel de documents portant atteinte à la vie privée. Cette condamnation est ensuite confirmée.

L’ancien officier, qui a quitté la gendarmerie pour développer ses activités privées, demeure alors une personnalité connue des milieux du renseignement et de la sécurité. Il publie également plusieurs ouvrages consacrés aux coulisses du pouvoir, notamment Missions spéciales et Guerres secrètes à l’Élysée.

Du GIGN aux réseaux africains : les controverses du Rwanda

Après son départ de la gendarmerie, Paul Barril crée une société de sécurité privée baptisée Secrets. Il propose ses services à des responsables politiques, à des entreprises et à plusieurs chefs d’État étrangers. Ses activités le conduisent notamment dans les pays du Golfe et en Afrique.

Son rôle au Rwanda constitue le volet le plus controversé de cette seconde carrière. Proche de l’entourage du président Juvénal Habyarimana, il entretient des relations avec des responsables rwandais avant et pendant le génocide des Tutsi de 1994, qui fait environ 800 000 morts selon les estimations couramment retenues.

Plusieurs organisations de défense des droits humains l’accusent d’avoir apporté une assistance aux responsables du génocide, notamment à travers des contrats portant sur la fourniture d’armes, la formation et l’encadrement militaire. Paul Barril a toujours contesté ces accusations.

Une plainte pour complicité de génocide est déposée en 2013. Les investigations judiciaires examinent notamment ses relations avec les autorités rwandaises et ses activités au printemps 1994. Placé sous le statut de témoin assisté en 2020, il n’a pas été condamné pour ces faits.

Une fin de vie marquée par la maladie

Depuis le début des années 2010, l’état de santé de Paul Barril s’est considérablement dégradé. En 2014, il révèle souffrir de la maladie de Parkinson et d’un cancer de la thyroïde. Il suit alors un traitement médical lourd, qui provoque notamment des épisodes de confusion.

En juin 2014, une intervention policière à son domicile du cap d’Antibes attire de nouveau l’attention sur lui. Les forces de l’ordre ont été alertées alors qu’il est décrit comme retranché et armé. L’incident se termine sans affrontement et l’ancien capitaine est hospitalisé dans un état de grande faiblesse.

Ses problèmes de santé ont également des conséquences sur les procédures judiciaires concernant ses activités au Rwanda. Une expertise médicale conclut qu’il n’est plus en mesure de participer à des auditions ou à des confrontations.

En 2018, interrogé sur son parcours, Paul Barril confie : « J’aurais bien finalement aimé finir tout simplement général de gendarmerie. » Une ambition qui contraste avec la carrière particulièrement mouvementée de cet ancien officier.

Paul Barril est mort le 20 octobre 2026, à 80 ans. De la création du GIGN aux scandales de l’ère Mitterrand, en passant par les réseaux de sécurité privés et les controverses africaines, il laisse derrière lui une carrière aussi exceptionnelle par ses responsabilités que controversée par les affaires auxquelles son nom reste attaché.

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