En cause, non pas la technologie du réacteur elle-même, mais la solidité des ouvrages de génie civil censés accueillir ces installations nucléaires de nouvelle génération. À ce stade, le régulateur estime que les éléments fournis ne permettent pas de garantir pleinement la conformité du projet aux exigences de sûreté.
Ce nouvel avis intervient dans un contexte déjà tendu. À l’automne 2025, l’Autorité environnementale avait exprimé des réserves sur plusieurs volets du dossier EPR2. Cette fois, c’est l’Autorité de sûreté nucléaire qui pointe des insuffisances techniques majeures, alors même qu’EDF a déposé une demande d’autorisation de création pour la paire de réacteurs prévue sur le site normand de Penly.
Dans son analyse, l’ASN indique avoir examiné en détail la conception et le dimensionnement des ouvrages de génie civil, ainsi que les exigences de comportement qui leur sont associées. Ces structures doivent garantir la protection des équipements essentiels au fonctionnement des réacteurs, y compris en cas d’événements extrêmes. Or, selon l’Autorité, le dossier transmis par EDF, même complété en cours d’instruction, ne permet pas de conclure à la suffisance des choix retenus.
Séisme extrême et étanchéité, des points jugés insuffisamment étayés
L’un des points sensibles soulevés concerne la prise en compte du risque sismique. L’ASN s’interroge sur la manière dont EDF intègre le séisme de référence et le séisme extrême dans la conception des ouvrages. Ces scénarios conditionnent pourtant la résistance des bâtiments les plus critiques, notamment ceux abritant des équipements de sûreté. Le régulateur estime que les démonstrations actuelles restent trop incomplètes pour garantir que les structures tiendront dans les situations les plus dégradées.
Autre sujet d’inquiétude, l’étanchéité à l’eau de certaines parois. Cette exigence est essentielle pour éviter toute infiltration susceptible de compromettre le fonctionnement des systèmes de sécurité. L’ASN demande des justifications plus solides sur la capacité des ouvrages à résister à des contraintes prolongées, notamment en cas de combinaison d’événements exceptionnels. La salle des machines est également citée parmi les zones nécessitant des précisions supplémentaires quant à son comportement en cas de séisme majeur.
La conclusion de l’avis est sans détour
À ce stade de la procédure, l’Autorité de sûreté nucléaire considère que la conception et la démarche de dimensionnement des ouvrages de génie civil ne sont pas suffisamment démontrées. Elle enjoint donc EDF à compléter son dossier, y compris sur l’enceinte de confinement, élément central de la sûreté nucléaire. Ces réponses sont attendues avant le lancement des travaux de construction à proprement parler, au-delà des aménagements préparatoires déjà engagés sur le site.
EDF a pris acte de cet avis et s’est engagé à fournir des compléments d’information. Pour l’électricien public, l’enjeu est stratégique. Le programme EPR2 constitue un pilier de la relance du nucléaire en France, dans un contexte de tensions sur l’approvisionnement énergétique et de vieillissement du parc existant. Tout retard ou toute remise en cause technique pèse sur un calendrier déjà scruté de près.
Au-delà du cas de Penly, cet épisode illustre la rigueur accrue du contrôle exercé sur les nouveaux projets nucléaires. L’ASN rappelle ainsi que la relance du nucléaire ne peut se faire au détriment des exigences de sûreté. Pour EDF, il s’agit désormais de convaincre, plans et démonstrations à l’appui, que les fondations mêmes des futurs EPR2 sont à la hauteur des ambitions affichées.