La mobilisation des agriculteurs opposés aux abattages systématiques liés à la dermatose nodulaire contagieuse a franchi un nouveau seuil ce mardi soir. Après quatre jours d’actions, la Confédération paysanne et la Coordination rurale ont appelé à poursuivre et amplifier les blocages sur l’ensemble du territoire. Le mouvement, motivé par le rejet de la stratégie sanitaire de l’État, a provoqué de lourdes perturbations routières et ferroviaires, notamment dans le Sud-Ouest et le Sud-Est, mais aussi dans plusieurs régions centrales et de l’Est. La contestation vise directement la politique d’abattage total des troupeaux de bovins touchés ou suspectés d’être exposés à la maladie. Les éleveurs dénoncent une réponse jugée disproportionnée, économiquement destructrice et insuffisamment adaptée aux réalités locales. Le gouvernement, de son côté, maintient que ces mesures sont nécessaires pour contenir une maladie hautement contagieuse, tout en promettant des ajustements.
Dans le Sud-Ouest, la situation est restée particulièrement tendue tout au long de la journée
L’autoroute A64 a été coupée dans les deux sens entre la Haute-Garonne et les Pyrénées-Atlantiques, tout comme plusieurs portions de l’A63 au sud de Bordeaux et de l’A61 entre l’Aude et la Haute-Garonne. Des fermetures ont également concerné l’A20 dans le Lot et en Corrèze, ainsi que l’A89 en Dordogne et en Corrèze. Des agriculteurs ont mené des actions symboliques devant des bâtiments administratifs, notamment à Périgueux, où des dépôts de remorques et de carcasses animales ont été signalés. Les conséquences se sont aussi fait sentir sur le réseau ferroviaire. En Occitanie, la circulation des trains a été interrompue sur l’axe Toulouse-Narbonne, après le dépôt de matériel agricole sur les voies à hauteur de Villefranche-de-Lauragais. La ligne Toulouse-Auch a également été coupée dans le Gers. Des services de substitution par autocars ont été mis en place, sans perspective de reprise rapide du trafic dans la journée.
Dans le Sud-Est, le mouvement a pris une ampleur comparable
Dans le Gard, l’ensemble des échangeurs autour de Nîmes ont été impactés sur les autoroutes A9 et A54. En Hérault, des restrictions ont touché l’A709 et l’A75, compliquant fortement les déplacements vers l’Espagne et le littoral. Les syndicats agricoles locaux ont affirmé vouloir maintenir la pression tant que des réponses concrètes ne seraient pas apportées. La mobilisation s’est également étendue à d’autres territoires. Dans le Cantal, le tunnel du Lioran est resté bloqué depuis la veille au soir. En Creuse, la nationale 145 a été fermée entre Gouzon et Fleurat. Dans les Deux-Sèvres et la Vienne, des tracteurs ont occupé des axes stratégiques autour de l’A10, tandis que des opérations escargot ont ralenti la circulation autour de Bressuire. Dans les Vosges, des barrages filtrants ont été mis en place à Chavelot, et en Haute-Loire, plusieurs centaines d’agriculteurs se sont rassemblés devant la préfecture du Puy-en-Velay. Face à l’ampleur du mouvement, le Premier ministre a demandé une clarification et une accélération de la stratégie vaccinale, en insistant sur la nécessité de mieux prendre en compte les spécificités départementales. Il a annoncé vouloir recevoir les organisations professionnelles agricoles dans les prochains jours. Cette ouverture n’a toutefois pas suffi à désamorcer la colère, les syndicats estimant que les annonces restent floues et insuffisantes. La semaine s’annonce donc sous haute tension, avec la perspective de nouvelles actions et de blocages prolongés. Pour les agriculteurs mobilisés, il s’agit désormais d’un bras de fer avec l’État autour de la gestion sanitaire, mais aussi de la reconnaissance de la détresse économique et morale des éleveurs confrontés à la perte de leurs troupeaux.