Bouches-du-Rhône, la réquisition de médecins généralistes ravive les tensions sur la permanence des soins
Bouches-du-Rhône, la réquisition de médecins généralistes ravive les tensions sur la permanence des soins

La décision de réquisitionner des médecins généralistes dans les Bouches-du-Rhône pour assurer la continuité des soins pendant les fêtes de fin d’année suscite une vive contestation au sein de la profession. Dix-sept praticiens ont été mobilisés jusqu’au 4 janvier, dans un contexte marqué par la circulation simultanée de la grippe et de la bronchiolite. Si les autorités invoquent l’urgence sanitaire, des organisations professionnelles dénoncent une méthode jugée brutale et contre-productive. La mesure concerne des médecins exerçant notamment autour de Martigues, Aubagne et La Ciotat. Ils sont appelés à assurer des gardes supplémentaires en soirée, de 20 heures à minuit, afin de maintenir une offre de soins minimale durant une période traditionnellement sous tension. Plusieurs praticiens ont fait savoir qu’ils entendaient contester cette décision devant le tribunal administratif, estimant que la réquisition porte atteinte à leurs conditions d’exercice. Selon les syndicats, les médecins concernés ont été informés de leur mobilisation par une notification officielle remise directement dans leurs cabinets quelques jours avant Noël. Cette temporalité, conjuguée à une charge de travail déjà très élevée, a renforcé le sentiment d’un passage en force de la part de l’administration.

Une réponse d’urgence qui divise la profession

Pour les représentants des médecins libéraux, la réquisition constitue une contrainte lourde, d’autant plus mal vécue qu’elle intervient dans un contexte de pénurie structurelle. Ils estiment que de nombreux praticiens travaillent déjà à un rythme soutenu, parfois sept jours sur sept, et que l’ajout de gardes obligatoires accroît le risque d’épuisement professionnel. La permanence des soins repose, selon eux, sur un équilibre fragile qui ne peut être maintenu durablement par des mesures coercitives. L’Union française pour une médecine libre considère que cette situation illustre les limites du système actuel. Le syndicat souligne que la médecine libérale repose sur une responsabilité forte vis-à-vis des patients, mais que cette responsabilité ne saurait justifier une mise sous contrainte systématique des praticiens lorsque les effectifs font défaut. La réquisition est perçue comme un aveu d’échec des politiques d’attractivité et d’organisation territoriale des soins. Du côté des pouvoirs publics, la priorité affichée reste la protection de la population face à un risque de saturation des services d’urgence. La hausse saisonnière des pathologies respiratoires, combinée aux vacances scolaires, réduit les marges de manœuvre habituelles. Les autorités rappellent que la réquisition est un outil légal, mobilisable en cas de nécessité absolue, afin de garantir l’accès aux soins.

Un débat plus large sur l’organisation du système de santé

Au-delà de la situation locale, l’épisode relance le débat sur les solutions à long terme. Les organisations professionnelles plaident pour un renforcement des incitations à l’installation des médecins dans les zones en tension, ainsi que pour une meilleure rémunération des gardes et astreintes. Selon elles, une politique volontariste permettrait de remplir les tableaux de garde sans recourir à des mesures exceptionnelles. La contestation engagée devant la justice administrative pourrait créer un précédent. Les praticiens concernés souhaitent faire reconnaître que la réquisition ne peut devenir un mode de gestion ordinaire de la pénurie médicale. Ils espèrent que cette démarche conduira à une réflexion plus approfondie sur la répartition des moyens, la reconnaissance du travail médical et la soutenabilité des contraintes imposées. Dans les Bouches-du-Rhône, la mobilisation forcée se poursuit jusqu’au début janvier, tandis que la tension demeure palpable entre l’administration et une partie du corps médical. Cet épisode illustre une difficulté persistante du système de santé français, partagé entre l’impératif de continuité des soins et la réalité d’un exercice médical de plus en plus éprouvant.

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