Entre 2006 et 2022, un donneur de sperme porteur d’une mutation génétique grave a permis la conception de près de 200 enfants, dans au moins 14 pays. C’est ce que révèle une enquête de la télévision publique danoise DR, menée en collaboration avec 13 autres chaînes européennes. La mutation concerne le gène TP53, surnommé « le gardien du génome » et dont certaines altérations sont directement liées à un risque accru de cancers précoces. L’homme, identifié sous l’alias « Kjeld », était un donneur actif de l’European Sperm Bank (ESB), l’une des principales banques de sperme mondiales. Selon les données obtenues par DR, ce sperme a été utilisé par 67 cliniques dans le monde. Rien qu’au Danemark, 99 enfants sont nés de ces dons. En tout, au moins 197 enfants seraient concernés.
Une mutation non détectée… malgré des alertes
Le scandale ne tient pas uniquement à la présence de la mutation. Dès 2020, un premier signalement est transmis à la banque : un enfant né par don, atteint d’un cancer, présente cette mutation du gène TP53. Un test est effectué, mais ne révèle rien. Les ventes reprennent. Ce n’est qu’en 2023, après un nouveau cas avéré, que des tests plus poussés sont réalisés. Résultat : le donneur est porteur sain mais uniquement dans ses spermatozoïdes, ce qui rendait la mutation indétectable via les tests génétiques standard. Le sperme du donneur n’est finalement bloqué qu’en octobre 2023. À ce stade, il a été utilisé pendant plus de quinze ans. ESB explique aujourd’hui qu’il s’agit d’une mutation extrêmement rare, jamais identifiée auparavant, et précise que tous les enfants nés de ce donneur ne sont pas porteurs.
Une faille internationale dans l’encadrement des dons
L’affaire met en lumière les failles d’un système largement mondialisé mais insuffisamment régulé. Si plusieurs pays, dont la France, plafonnent le nombre de naissances par donneur (10 en France, 12 au Danemark), aucune règle n’encadre le cumul des dons à l’international. ESB a depuis fixé un seuil de 75 familles par donneur… mais ce plafond ne s’appliquait pas à « Kjeld ». Le précédent rappelle celui du Dr Karbaat, aux Pays-Bas, qui avait utilisé son propre sperme pour engendrer plus de 90 enfants. Cette fois, le donneur n’a pas trompé le système mais l’affaire démontre à quel point la vigilance sanitaire, génétique et éthique reste insuffisante dans un marché devenu global.