Les enchères publiques d’une ferme en liquidation judiciaire, près de Marmande, ont viré à l’affaire judiciaire. La Coordination rurale du Lot-et-Garonne, syndicat agricole réputé pour ses actions musclées, fait désormais l’objet d’une enquête pour entrave à la liberté des enchères. Une procédure judiciaire a été ouverte contre X par le parquet d’Agen, à la suite de déclarations du syndicat dans la presse. Au cœur de cette affaire, une propriété de 37 hectares, maison comprise, mise en vente le 19 juin dernier pour 140 000 euros. Rapidement, la Coordination rurale 47 a affiché son intention de faire pression pour empêcher toute offre extérieure, afin que le bien revienne à Lucas, le petit-fils des exploitants historiques. Cette campagne de dissuasion, revendiquée publiquement, aurait eu des effets concrets : le prix proposé a chuté jusqu’à 11 000 euros après le désistement de l’unique acquéreur, un retraité de 79 ans, ciblé violemment sur les réseaux sociaux.
Pressions, injures et appel à contourner les règles
L’affaire dépasse le cadre d’un simple bras de fer rural. Selon l’avocat du retraité, son client a été submergé d’insultes en ligne après avoir déposé une offre tardive, finalement retirée sous la pression. Traité de « rapace » et de « voleur de terre », il a été contraint de renoncer. La Coordination rurale, quant à elle, assume sa stratégie. Début juillet, son coprésident local José Pérez a affirmé qu’il fallait « continuer la pression » jusqu’à ce que la ferme revienne au petit-fils, à un tarif « raisonnable ». La Cour d’appel d’Agen, saisie de l’affaire, a dû rappeler publiquement le cadre légal. Dans une décision du 4 juillet, elle a dénoncé les tentatives d’obstruction à la vente et insisté sur le respect des règles : toute entrave ou menace dans le cadre d’enchères publiques est passible de six mois d’emprisonnement et de 22 500 euros d’amende. Un rappel au droit qui vise à calmer un climat tendu dans un département où la CR47, solidement implantée depuis 2001, dirige la chambre d’agriculture. À l’automne, de nouvelles enchères devront être organisées, avec une mise à prix fixée à 11 000 euros. Mais les regards sont désormais braqués sur la manière dont cette procédure se déroulera, sous l’œil vigilant de la justice. Le symbole est fort : au-delà de l’avenir d’une exploitation, c’est la question sensible de la transmission des terres agricoles et de l’influence des syndicats qui se retrouve sous les projecteurs.