Le tribunal correctionnel d’Argentan a jugé ces 5 et 6 novembre un ancien huissier de justice accusé d’avoir escroqué plus de deux cents clients entre 2009 et 2021. L’homme, aujourd’hui retraité, aurait détourné plus de 325 000 euros de fonds confiés dans le cadre de son activité à Domfront-en-Poiraie, dans l’Orne. Il aurait également facturé près de 77 500 euros pour des actes jamais réalisés. À la barre, Patrick Pichereau a reconnu les faits. Il explique avoir acheté son étude à un prix trop élevé et s’être retrouvé dans une situation financière qu’il ne maîtrisait plus. Pour maintenir à flot son étude, il a commencé à prélever de petites sommes sur les comptes de dépôt des clients, censés être intouchables. Ces détournements se sont ensuite répétés pendant plus de dix ans, dans une spirale qu’il disait impossible à enrayer.
Un système dissimulé pendant plus de dix ans
Pendant des années, aucune vérification n’est venue troubler la comptabilité de l’étude. C’est en 2020, lorsque l’huissier s’associe avec d’autres confrères, que ses collègues découvrent des incohérences. L’un d’eux remarque une facture de 14 000 euros adressée à une banque pour un dossier mineur, ce qui alerte la profession. S’ensuivent des vérifications comptables qui révèlent l’ampleur du détournement. Pour les autres huissiers, le choc est immense. « L’association repose sur la confiance. Nous nous sommes retrouvés dans une galère sans nom », a témoigné l’un d’eux devant la cour. L’enquête établira que l’ancien huissier avait détourné des fonds de manière répétée, utilisant une partie pour financer son étude, mais aussi pour des dépenses personnelles.
Une double vie coûteuse et un procès sous tension
Le procès a pris une tournure plus intime lorsque la présidente du tribunal a évoqué le train de vie de l’accusé. Marié et père de famille à Lorient, il menait parallèlement deux relations avec des maîtresses, dont l’une était sa secrétaire. Cadeaux, dîners, séjours à l’hôtel : un mode de vie jugé incompatible avec ses revenus d’huissier. « Avec une femme et deux maîtresses, vous deviez vivre au-dessus de vos moyens », a souligné la présidente. L’accusé reconnaît avoir fait quelques dépenses personnelles, mais estime qu’elles ne dépassaient pas 15 000 euros sur dix ans. Le reste, affirme-t-il, aurait servi à maintenir l’activité de l’étude. Le procureur, lui, n’a pas retenu cette justification. Rappelant que la profession repose sur la probité et la confiance, il a requis trois ans de prison, dont un an ferme aménageable sous bracelet électronique, ainsi qu’une amende de 15 000 euros. Il a également demandé la confiscation de l’ancien immeuble de l’étude. La défense a tenté de présenter un homme dépassé, enfermé dans un engrenage dont il n’a pas su sortir. Le jugement a été mis en délibéré au 20 janvier 2026.