Santé des prostituées en France, une enquête révèle une situation d’une gravité extrême
Santé des prostituées en France, une enquête révèle une situation d’une gravité extrême

Une étude d’ampleur, dévoilée mardi, met en lumière l’état de santé particulièrement dégradé des personnes prostituées, un domaine encore peu exploré scientifiquement malgré les alertes répétées des associations. L’enquête Aspire, menée auprès de 258 adultes ayant exercé la prostitution, dessine un tableau alarmant où violences, troubles psychiques et difficultés d’accès aux soins se conjuguent. La quasi-totalité des personnes interrogées déclarent avoir subi au moins une violence au cours de leur parcours, et une immense majorité décrit des séquelles physiques et mentales durables. Ces résultats, issus d’un travail piloté par le Mouvement du Nid, relancent le débat sur la capacité des structures de santé à prendre en charge ce public vulnérable et sur les réponses institutionnelles à apporter face à la détérioration de leur santé globale.

Un cumul de violences et de troubles qui dépasse largement la moyenne nationale

Sur les 258 personnes interrogées, dont une majorité de femmes, les violences évoquées sont omniprésentes. Elles sont 95 pour cent à déclarer en avoir subi, dont 85 pour cent sous forme d’agressions sexuelles. Une part équivalente affirme avoir été contrainte par des clients à des actes non désirés, tandis que près des deux tiers évoquent des violences physiques exercées par leurs proxénètes. L’étude observe également que 68 pour cent des personnes présentent entre un et six problèmes de santé chroniques, tels que l’hypertension, le diabète ou de fréquentes infections urinaires. Sur le plan psychique, les chiffres atteignent un niveau sans précédent, puisque plus de 60 pour cent manifestent des symptômes de stress post traumatique, proportion sans commune mesure avec la population générale. La moitié souffre d’un état dépressif durable, et plus de sept sur dix déclarent des troubles alimentaires et des difficultés sévères à trouver le sommeil. Les parcours individuels décrits illustrent ces constats, comme celui d’une jeune femme aujourd’hui âgée de 29 ans, qui explique avoir vu sa dépression s’aggraver au point de recourir à l’automutilation lorsqu’elle se prostituait pour financer son logement étudiant.

Un accès au soin miné par la précarité, la peur et les violences institutionnelles

Si les indicateurs de santé sexuelle montrent que plus de la moitié des personnes prostituées se font dépister au moins une fois par an, l’accès aux soins reste un obstacle majeur. La grande majorité étant d’origine étrangère, la barrière linguistique s’ajoute à la précarité économique et aux expériences de violences médicales rapportées. Un tiers des personnes interrogées a subi une excision, près de six sur dix ont eu recours à au moins une interruption volontaire de grossesse, et seule une minorité déclare consommer des substances psychoactives hors tabac, alcool et cannabis. Les freins psychologiques s’ajoutent aux barrières matérielles, entre honte intériorisée, peur du jugement et mécanismes traumatiques qui conduisent à minimiser ou à dissimuler les symptômes. Les responsables de l’étude insistent sur la nécessité d’un changement profond dans la formation des soignants afin qu’ils soient capables d’identifier une dissociation traumatique, un déni ou une mise en danger, autant de phénomènes courants dans ces parcours marqués par la violence. Parmi les recommandations, l’étude appelle au renforcement du nombre de psychologues et de psychiatres, à la création de nouveaux centres spécialisés dans le psychotraumatisme et à un meilleur accès à l’aide médicale d’État, encore trop souvent refusée. Les auteurs soulignent que les professionnels doivent apprendre à lire la réalité dans laquelle évoluent les personnes en situation de prostitution et adapter leur accompagnement en conséquence. Cette recherche invite ainsi les institutions sanitaires à revoir en profondeur leurs dispositifs, puisqu’elle révèle un état de santé dégradé bien au-delà de celui observé dans la population générale et met en lumière un angle mort persistant des politiques publiques.

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