Lors du procès en appel des complices de l’assassin de Samuel Paty, la journée d’audience de ce mardi s’est ouverte sous une tension palpable, marquée par un affrontement frontal entre le témoin-clé de la partie civile et l’un des prévenus. L’imam Hassen Chalghoumi s’est retrouvé à la barre pour dénoncer avec force le rôle d’Abdelhakim Sefrioui dans la série de faits conduisant à l’assassinat du professeur d’histoire‑géographie.
Malheureusement, l’imam Chalghoumi n’a pas pu terminer son témoignage : au terme d’une intervention intense, il a été hospitalisé après un malaise en cours d’audition. Il devrait être de nouveau entendu vendredi, selon la présidente d’audience.
Pour rappel, ce procès en appel porte sur l’examen des responsabilités des quatre accusés qui ont fait appel des lourdes peines prononcées en première instance : deux proches de l’assaillant, Naïm Boudaoud et Azim Epsirkhanov, ont été condamnés pour complicité d’assassinat terroriste, ainsi que Brahim Chnina et Abdelhakim Sefrioui, condamnés pour association de malfaiteurs en lien avec la campagne de haine ayant précédé l’attaque perpétrée par Abdoullakh Anzorov en octobre 2020.
« Sans cet individu, Samuel Paty serait encore dans sa classe »
Dès les premiers instants de son témoignage, l’imam Chalghoumi, visiblement ému, a donné le ton: « Sans cet individu, Samuel Paty serait encore dans sa classe », a‑t‑il lancé à la cour, en désignant Sefrioui. L’imam a estimé que Sefrioui avait, par ses prises de parole et les réseaux sociaux, contribué à « préparer le terrain » à l’attaque fatale. Il a évoqué des manifestations organisées en 2010 par le collectif lié à l’accusé devant sa mosquée de Drancy, des menaces qui l’ont visé personnellement et une vidéo publiée en 2020 dans laquelle Sefrioui qualifiait Samuel Paty de « voyou ».
Hassen Chalghoumi a décrit Sefrioui comme un « islamiste fanatique » et un « gourou » qui, selon lui, diffusait des discours « victimaires » susceptibles de motiver des passages à l’acte violents : « C’est la propagande de Sefrioui qui a provoqué tout ça », a‑t‑il affirmé.
Le professeur Samuel Paty a été sauvagement décapité
L’affaire remonte au 16 octobre 2020 : le professeur Samuel Paty a été sauvagement décapité près du collège du Bois d’Aulne, à Conflans-Sainte‑Honorine, par un jeune radicalisé d’origine tchétchène, neutralisé peu après par les forces de l’ordre. La polémique avait été déclenchée par une campagne sur les réseaux sociaux après qu’une élève de 13 ans avait faussement affirmé que Paty avait discriminé des élèves musulmans lors d’un cours sur la liberté d’expression au cours duquel des caricatures du prophète Mahomet avaient été montrées.
Au premier procès, 7 hommes et une femme avaient été reconnus coupables pour leur rôle dans le climat de haine et d’intimidation qui avait précédé l’attaque, avec des peines allant d’un à 16 ans de réclusion. Les quatre personnes faisant appel contestent leur responsabilité, certains mettant en avant l’absence de lien direct entre leurs actes et le geste meurtrier, ou plaidant l’innocence.
Lors de cette audience en appel, la défense d’Abdelhakim Sefrioui s’est également illustrée par une ligne de plaidoirie polémique, certains avocats allant jusqu’à remettre en question des éléments relatifs au contexte du cours de Samuel Paty, suscitant l’indignation dans les rangs des parties civiles.
La cour doit poursuivre l’examen des éléments du dossier jusqu’à la clôture de la session, prévue le 27 février, date à laquelle les plaidoiries et les réquisitions seront prononcées.
D’ici là, la rédaction d’Entrevue souhaite un prompt rétablissement à l’imam Hassen Chalghoumi, dont la force et le courage n’ont jamais baissé d’intensité malgré les nombreuses intimidations et menaces reçues…