« Querer » sur Arte : une série choc sur le viol conjugal et les silences familiaux
« Querer » sur Arte : une série choc sur le viol conjugal et les silences familiaux

Cette mini-série espagnole, diffusée sur Arte, suit avec sobriété et puissance la plainte tardive mais déterminée d’une femme contre son mari pour viols conjugaux. Une œuvre qui interroge les non-dits familiaux et les violences faites aux femmes dans l’espace privé.

Une parole libérée après trente ans de silence

Après trois décennies de mariage, Miren décide de porter plainte contre son époux, Iñigo, un homme respectable aux yeux du monde, qu’elle accuse de viol conjugal répété, d’emprise psychologique et de violences économiques. Ce geste, à la fois intime et radical, fait voler en éclats l’image d’une famille bourgeoise apparemment sans histoire. Le choc est immédiat chez leurs deux fils : l’un prend le parti de sa mère, l’autre, furieux, défend son père.

Pas de flash-backs, pas de scènes édulcorées : Querer choisit le huis clos, la frontalité des mots, la tension des silences. Chaque épisode, écrit par Eduard Sola, réalisé notamment par Alauda Ruiz de Azúa, explore un moment charnière : la fuite, les répercussions familiales, le procès, le verdict. Cette construction narrative éclaire les étapes psychologiques et judiciaires du parcours de Miren, du moment de la prise de conscience jusqu’à l’affrontement avec un système souvent défaillant.

Une série récompensée pour sa justesse et son engagement

Lauréate du Grand Prix du Festival Séries Mania 2025, Querer — dont le titre signifie en espagnol « aimer » mais aussi « vouloir » — se distingue par son réalisme glaçant et son refus du manichéisme. Dans l’écriture comme dans la mise en scène, la série refuse les simplifications : Iñigo n’est pas un monstre caricatural, et Miren n’est pas une héroïne classique. Elle est une femme ordinaire qui, longtemps paralysée par la peur et la dépendance, ose enfin affirmer que “non” vaut toujours plus que “oui par défaut”.

Le casting, emmené par Nagore Aranburu, Pedro Casablanc, Miguel Bernardeau et Iván Pellicer, incarne avec finesse les fractures d’un foyer bouleversé. La série s’inscrit aussi dans le sillage de la législation espagnole : elle fait écho à la loi « Sólo sí es sí » (« Seul un oui est un oui »), entrée en vigueur en 2022, qui reconnaît clairement le non-consentement comme constitutif du viol.

Querer ne se contente pas de raconter une histoire : elle donne chair à une réalité sociale trop longtemps occultée. Une fiction nécessaire, qui rappelle avec force que le foyer peut aussi être un lieu de domination, et que le combat pour le consentement commence d’abord dans les replis de l’intime.

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