La fille d’une femme assassinée en 1983 à Amiens a engagé une procédure contre l’État pour déni de justice, estimant que l’enquête et le traitement judiciaire du dossier ont été marqués par de graves manquements. Sa mère, Marylise Spicher, avait été tuée de trente coups de couteau à son domicile. L’enfant, âgée de 6 ans au moment des faits, dit vivre depuis avec l’impossibilité de faire son deuil faute de vérité judiciaire.
Au cœur de l’assignation déposée devant le tribunal judiciaire de Paris, ses avocats dénoncent une instruction jugée incomplète et une clôture trop rapide de la procédure, notamment avec un non-lieu prononcé en 1988. Ils soulignent aussi que des pistes familiales avaient existé, dont des aveux successifs d’un proche avant des revirements, sans que, selon eux, tous les actes essentiels aient été menés, en particulier sur le plan scientifique.
Des droits non protégés durant l’enfance
Les conseils de la plaignante reprochent également à la justice de ne pas avoir protégé ses droits lorsqu’elle était mineure : aucun administrateur ad hoc n’aurait été désigné pour lui permettre de se constituer partie civile. Ils affirment aussi que des demandes d’accès au dossier ont été repoussées dans les années 1990 alors que la prescription n’était pas acquise, alimentant selon eux une impression d’abandon institutionnel.
La plaignante réclame 375 000 euros de dommages et intérêts, en invoquant notamment un préjudice moral, une perte de chance procédurale et une atteinte au droit à un recours effectif. Ses avocats disent également s’appuyer sur l’émergence de nouveaux témoignages en 2025, mais une réouverture d’enquête lui aurait été refusée par le parquet d’Amiens fin décembre. Ce dossier résonne avec les débats actuels sur la prescription des crimes, relancés récemment après une décision de la Cour de cassation.