L’affaire a provoqué la stupeur jusque dans les rangs de la justice. Un homme de 46 ans, domicilié dans l’Isère, près de Lyon, a été mis en examen pour « importation, détention et acquisition d’images ou représentations d’un mineur présentant un caractère pornographique », après avoir lui-même signalé aux gendarmes qu’il possédait deux poupées sexuelles d’apparence enfantine achetées sur la plateforme Shein. L’information judiciaire, ouverte par le parquet de Vienne, fait suite à la « révélation spontanée » du quadragénaire, qui s’est présenté de son plein gré à la brigade pour remettre les objets. Les perquisitions menées à son domicile ont conduit à la découverte de fichiers à caractère pédopornographique sur ses supports informatiques, désormais en cours d’analyse. Selon ses déclarations, les deux poupées auraient été commandées entre juillet et octobre 2025.
Une affaire qui met en cause la responsabilité des plateformes
Le procureur de la République de Vienne, Olivier Rabot, a confirmé la mise en examen et le placement en détention du suspect vendredi 8 novembre. L’homme, inconnu de la justice, aurait reconnu les faits sans résistance et expliqué sa démarche comme une volonté de « se libérer d’un poids moral ». Cette affaire intervient alors que les géants du commerce en ligne, Shein et AliExpress, sont dans le viseur de la justice française. Lundi, le parquet de Paris a ouvert une enquête pour déterminer comment ces plateformes ont pu commercialiser des poupées à l’apparence de fillettes ou d’adolescentes, en violation manifeste du droit français. Ces produits sont assimilés à des représentations pédopornographiques, passibles de cinq ans d’emprisonnement et de 75 000 euros d’amende.
La Voix de l’Enfant se porte partie civile
La présidente de l’association La Voix de l’Enfant, Martine Brousse, a annoncé sur France Info son intention de se constituer partie civile. Elle a dénoncé une situation « scandaleuse » et appelé à une vigilance accrue envers d’autres plateformes : « Il faut s’assurer que ces ventes ne se reportent pas ailleurs », a-t-elle déclaré, confirmant le dépôt d’une plainte contre Shein. Le cas de cet homme rappelle celui jugé en 2023, où un acheteur d’une poupée similaire sur Amazon avait été condamné à trois mois de prison avec sursis et à une obligation de soins. Cette fois, la gravité du contexte et l’ampleur des investigations laissent présager des suites judiciaires plus lourdes. L’affaire met en lumière une dérive inquiétante du commerce en ligne, où la frontière entre le virtuel et l’exploitation sexuelle des mineurs devient un terrain d’infraction trop souvent ignoré.