« On vous croit » - un huis clos qui fissure la mécanique judiciaire
« On vous croit » - un huis clos qui fissure la mécanique judiciaire

Qui prête réellement l’oreille aux enfants lorsqu’ils disent l’indicible ? Le film de Charlotte Devillers et Arnaud Dufeys s’attaque frontalement à cette question en reconstituant une audience au tribunal de la jeunesse en Belgique. Conçu avec un réalisme presque documentaire, « On vous croit » suit Alice, qui refuse la reprise de contact entre ses deux enfants et leur père lequel réclame la garde. Le contexte est glaçant : en France, 81 % des violences sexuelles sur mineurs sont intrafamiliales et 27 % impliquent le père, pour seulement 12 % de dépôts de plainte et environ une condamnation pour cent plaintes, selon la Ciivise (2023). Le film sort en salles le 12 novembre 2025 (distribution : Jour2Fête).

Une audience reconstituée, 55 minutes sous pression

Au cœur du récit, une séquence continue d’environ 55 minutes enferme tous les protagonistes dans le bureau d’une juge : la mère, le père, leurs conseils respectifs et un troisième avocat chargé de l’intérêt des enfants. À l’issue du huis clos, une décision doit tomber : forcer ou non la reprise du lien. Ce dispositif, tourné comme en apnée, privilégie la précision des échanges et des procédures ; la mise en scène dépouillée, les murs blancs presque cliniques et la caméra au plus près des visages traquent tremblements, silences et regards qui fuient. Pour accentuer l’effet de véracité, des avocats jouent leur propre métier face aux comédiens Myriem Akheddiou et Laurent Capelluto, dont le jeu millimétré installe une tension constante.

Cette rigueur formelle ne cherche ni l’esbroufe ni le pathos. Le montage resserre l’étau, la lumière crue isole les corps, et l’on assiste, sans échappatoire, à la mécanique judiciaire à l’œuvre : questions qui reviennent, contradictions pointées, auditions qui se répètent. La salle d’audience devient une machine ; les mots pèsent autant que les non-dits, et chaque détail peut faire basculer la décision.

Quand la faute s’inverse : la parole des enfants à l’épreuve

Peu à peu, le film montre comment la défense retourne l’angle : la mère protectrice est dépeinte en manipulatrice, le fils en enfant influencé, et la parole des mineurs se retrouve, une fois encore, suspectée. Les réalisateurs décrivent un système où la longueur et la répétition des procédures peuvent ajouter du traumatisme à celui déjà vécu. « Nous voulions faire ressentir l’incertitude et la solitude d’une audience, quand tout se joue sans que personne ne semble écouter vraiment », explique Charlotte Devillers à RTBF Culture. « Le film n’accuse pas, il questionne : qui croit ? et à quel moment ? », ajoute Arnaud Dufeys au micro de Cinevox.

Au-delà de son sujet, « On vous croit » interroge une société obsédée par la preuve et parcimonieuse dans la confiance accordée aux enfants. Dans une scène, Alice lâche : « On préfère penser que nous mentons plutôt que croire ce que nous avons vécu » une phrase qui condense la violence symbolique du doute. D’une durée de 78 minutes, la fiction s’en tient au présent d’une audience pour mieux saisir l’onde de choc : ici, chaque mot engage l’avenir d’une famille. La sortie intervient, par ailleurs, à un moment où le débat public sur la protection des mineurs et la sécurité juridique des parents protecteurs revient au premier plan de l’agenda politique.

Que retenir rapidement ?

Qui prête réellement l’oreille aux enfants lorsqu’ils disent l’indicible ? Le film de Charlotte Devillers et Arnaud Dufeys s’attaque frontalement à cette q

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