“On ne se taira pas” : les communautés autochtones réclament justice pour leurs disparus
“On ne se taira pas” : les communautés autochtones réclament justice pour leurs disparus

À travers l’Amérique du Nord, les peuples autochtones se mobilisent cette semaine pour dénoncer la violence persistante qui frappe leurs communautés, en particulier les femmes et les filles. À l’occasion de la Journée de sensibilisation aux personnes autochtones disparues et assassinées, célébrée lundi, marches silencieuses, discours, cours d’autodéfense et hommages ont été organisés pour rappeler l’urgence d’une réponse institutionnelle à la hauteur.

Aux États-Unis, près de 4 300 enquêtes du FBI sur des disparitions ou meurtres de personnes autochtones sont toujours en cours. De nombreuses familles continuent de chercher des réponses. Geraldine Toya, du Pueblo de Jemez, a perdu sa fille Shawna en 2021 ; Lynette Pino, du Pueblo de Tesuque, cherche son fils disparu depuis 2008. “On ne lâchera rien”, a promis Erica Leno, cousine de Darian Nevayaktewa, disparu il y a 16 ans.

Symbole fort de cette lutte : les jeunes femmes autochtones portant une empreinte rouge peinte sur la bouche, en hommage à celles qui ont été réduites au silence. Les statistiques sont alarmantes : les femmes autochtones ont plus de deux fois plus de risques d’être victimes d’homicide que la moyenne nationale. Emily Pike, adolescente apache de San Carlos, a récemment été retrouvée morte des mois après avoir disparu d’un foyer, sa mère n’en ayant été informée qu’une semaine plus tard.

Pour beaucoup, cette journée est aussi l’occasion de préparer les plus jeunes aux réalités qu’ils devront affronter. Lisa Mulligan, de la nation Potawatomi, parle de “la discussion” qu’elle devra avoir avec ses petites-filles pour les avertir des dangers. Christina Castro, du Pueblo de Taos, explique avoir dû parler très tôt à sa fille de l’autonomie corporelle et des risques de violence. “On n’a pas le luxe de ne pas en parler”, dit-elle.

La mobilisation touche aussi les hommes : Donovan Paddock, qui a rejoint une marche en Arizona, évoque la mort de deux de ses oncles et de son grand-père, un ancien code talker navajo, disparu avant d’être retrouvé mort.

Malgré des années d’alerte, les progrès restent lents. Si les systèmes d’alerte tribaux sont désormais éligibles à des fonds fédéraux et acceptés sur les iPhones, leur déploiement reste inégal et dépend de la coordination entre États et tribus. Pamela Foster, qui milite depuis le meurtre de sa fille Ashlynne en 2016, déplore que de nombreuses tribus ne soient pas encore pleinement intégrées aux dispositifs d’alerte.

Alors que le gouvernement Trump a annoncé en avril un renforcement des ressources du FBI pour soutenir les polices tribales, des initiatives comme les recommandations “Not One More”, commandées par le Congrès en 2023, ont disparu du site du ministère de la Justice, suscitant l’inquiétude. Pourtant, comme le rappelait Deb Haaland, première Amérindienne secrétaire à l’Intérieur, plus de 84 % des hommes et femmes autochtones connaîtront la violence au cours de leur vie.

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