Un important point de deal actif depuis plus de quinze ans dans le quartier de la Nacre à Méru a été démantelé en juin dernier, après six mois d’enquête menée par les gendarmes. Ce mercredi 23 juillet, cinq membres présumés du réseau étaient jugés par le tribunal correctionnel de Beauvais. Le trafic était piloté à distance depuis une cellule du centre pénitentiaire de Liancourt, où le principal instigateur purgeait une peine. Les investigations ont permis d’identifier une organisation structurée, reliant des acteurs implantés dans l’Oise, l’Essonne et le Val-d’Oise. Des écoutes téléphoniques ont mis au jour des communications régulières entre les différents protagonistes, ainsi qu’un système de distribution rodé. Les enquêteurs ont notamment relevé la présence de tags à l’entrée des immeubles, indiquant les produits disponibles et les tarifs pratiqués. Le donneur d’ordre présumé, âgé de 26 ans, originaire de Longjumeau, aurait coordonné le trafic depuis sa cellule en utilisant plusieurs téléphones portables. Malgré les dénégations entendues à l’audience, les éléments à charge ont été jugés suffisants pour établir son rôle central. Les magistrats ont relevé des échanges téléphoniques codés, des photos compromettantes, ainsi que la présence répétée de certains prévenus sur les lieux du point de vente.
Une économie parallèle bien rodée et fortement rémunératrice
Le réseau générait des bénéfices mensuels estimés entre 4 500 et 9 000 euros. Plusieurs membres, qualifiés de lieutenants, étaient chargés de la logistique, de l’approvisionnement, du conditionnement et de la distribution. Les livreurs, eux, assuraient les déplacements entre les villes de l’Oise et les points de livraison, parfois sous couvert d’une activité de restauration fictive. Des explications peu convaincantes ont été avancées pour justifier la détention de sachets de poudre ou de sommes d’argent importantes, sans parvenir à dissiper les soupçons. Le tribunal a suivi les réquisitions de la procureure, soulignant le caractère structuré, ancien et lucratif du trafic. Le principal organisateur a été condamné à sept ans de prison ferme, assortis d’une amende de 15 000 euros et d’une interdiction de séjour dans le département. Le coordinateur local a écopé de cinq ans ferme et de 10 000 euros d’amende. Les autres prévenus ont été sanctionnés plus légèrement, notamment les livreurs, dont certains ont bénéficié de sursis partiels. Pour les autorités judiciaires, ce dossier témoigne de la persistance de réseaux capables d’opérer depuis des établissements pénitentiaires et de faire vivre une économie souterraine bien implantée dans les quartiers. Si l’enquête a permis de neutraliser une structure active depuis des années, la vigilance reste de mise pour éviter la reconstitution rapide de filières similaires.