Avignon : l’avocate Nadia El Bouroumi du procès des viols de Mazan menacée d’une interdiction d’exercer de 18 mois Nadia El Bouroumi, connue pour avoir défendu deux accusés lors du premier procès des viols de Mazan, pourrait être suspendue pendant un an et demi. Le bâtonnier du barreau d’Avignon a demandé cette sanction disciplinaire, reprochant à la pénaliste deux vidéos publiées sur les réseaux sociaux pendant l’audience, considérées comme contraires à la dignité de la profession. Le dossier, examiné ce mercredi par le conseil de discipline de la Cour d’appel de Nîmes, met en lumière la frontière sensible entre liberté d’expression et obligations déontologiques pour les avocats. Des vidéos jugées déplacées en marge d’un procès hors norme La diffusion d’une seconde vidéo a aggravé la situation. Le lendemain, l’avocate s’est filmée dans sa voiture en chantant et dansant sur « Wake me up before you go-go », un titre dont le refrain en français signifie « Réveille-moi avant que tu partes ». Un choix lourd de sous-entendus dans le contexte d’un procès marqué par dix années de soumission chimique infligée à Gisèle Pelicot avant des viols répétés. Ces publications avaient rapidement suscité indignation et incompréhension, y compris au sein de la profession. Le bâtonnier Philippe Cano estime que l’avocate a recherché « le buzz » et a porté atteinte à la dignité des débats, ajoutant que le serment professionnel impose de la modération même en dehors du prétoire. Une défense qui invoque la liberté d’expression Face aux accusations, la défense de Nadia El Bouroumi rappelle qu’un avocat reste libre de s’exprimer en dehors de l’audience, y compris de manière décalée ou sarcastique. Ses conseils soutiennent qu’évoquer une audience sur un réseau social ne diffère pas d’une intervention dans un média. L’avocate, prise pour cible sur les réseaux sociaux après ses vidéos, dit avoir voulu répondre à un harcèlement massif et affirme qu’elle n’a jamais voulu manquer au respect dû à la justice. Elle insiste sur le fait qu’elle n’a pensé qu’à sa mission de défense. Une affaire emblématique d’un procès historique Cette procédure disciplinaire intervient dans le sillage d’un procès hors norme : l’affaire des viols de Mazan, qui avait révélé plus d’une décennie de violences sexuelles sur Gisèle Pelicot, droguée par son mari puis livrée à des dizaines d’hommes contactés en ligne. Cinquante-et-un accusés ont été condamnés à des peines allant jusqu’à vingt ans de réclusion. Dominique Pelicot, le principal mis en cause, a écopé de la peine maximale pour viols aggravés et enregistrements sexuels, notamment sur sa propre fille et deux belles-filles. Le conseil de discipline rendra sa décision le 18 décembre. Si la sanction demandée est confirmée, l’avocate serait interdite d’exercer pour une durée de dix-huit mois.
Avignon : l’avocate Nadia El Bouroumi du procès des viols de Mazan menacée d’une interdiction d’exercer de 18 mois Nadia El Bouroumi, connue pour avoir défendu deux accusés lors du premier procès des viols de Mazan, pourrait être suspendue pendant un an et demi. Le bâtonnier du barreau d’Avignon a demandé cette sanction disciplinaire, reprochant à la pénaliste deux vidéos publiées sur les réseaux sociaux pendant l’audience, considérées comme contraires à la dignité de la profession. Le dossier, examiné ce mercredi par le conseil de discipline de la Cour d’appel de Nîmes, met en lumière la frontière sensible entre liberté d’expression et obligations déontologiques pour les avocats. Des vidéos jugées déplacées en marge d’un procès hors norme La diffusion d’une seconde vidéo a aggravé la situation. Le lendemain, l’avocate s’est filmée dans sa voiture en chantant et dansant sur « Wake me up before you go-go », un titre dont le refrain en français signifie « Réveille-moi avant que tu partes ». Un choix lourd de sous-entendus dans le contexte d’un procès marqué par dix années de soumission chimique infligée à Gisèle Pelicot avant des viols répétés. Ces publications avaient rapidement suscité indignation et incompréhension, y compris au sein de la profession. Le bâtonnier Philippe Cano estime que l’avocate a recherché « le buzz » et a porté atteinte à la dignité des débats, ajoutant que le serment professionnel impose de la modération même en dehors du prétoire. Une défense qui invoque la liberté d’expression Face aux accusations, la défense de Nadia El Bouroumi rappelle qu’un avocat reste libre de s’exprimer en dehors de l’audience, y compris de manière décalée ou sarcastique. Ses conseils soutiennent qu’évoquer une audience sur un réseau social ne diffère pas d’une intervention dans un média. L’avocate, prise pour cible sur les réseaux sociaux après ses vidéos, dit avoir voulu répondre à un harcèlement massif et affirme qu’elle n’a jamais voulu manquer au respect dû à la justice. Elle insiste sur le fait qu’elle n’a pensé qu’à sa mission de défense. Une affaire emblématique d’un procès historique Cette procédure disciplinaire intervient dans le sillage d’un procès hors norme : l’affaire des viols de Mazan, qui avait révélé plus d’une décennie de violences sexuelles sur Gisèle Pelicot, droguée par son mari puis livrée à des dizaines d’hommes contactés en ligne. Cinquante-et-un accusés ont été condamnés à des peines allant jusqu’à vingt ans de réclusion. Dominique Pelicot, le principal mis en cause, a écopé de la peine maximale pour viols aggravés et enregistrements sexuels, notamment sur sa propre fille et deux belles-filles. Le conseil de discipline rendra sa décision le 18 décembre. Si la sanction demandée est confirmée, l’avocate serait interdite d’exercer pour une durée de dix-huit mois.

L’affaire des viols de Mazan, qui avait suscité une forte émotion à l’international, revient sur le devant de la scène judiciaire à travers une nouvelle audience, cette fois consacrée à l’un des conseils de la défense. Ce mercredi, Nadia El Bouroumi sera examinée par le conseil de discipline de l’ordre des avocats d’Avignon, où elle exerce, pour des manquements présumés à la modération et à la délicatesse. Deux vidéos publiées au moment du procès sont au cœur du dossier, et leur réception, largement commentée, continue de diviser la profession.

Une communication qui a choqué pendant le procès

Les faits remontent à fin 2024, en plein retentissement médiatique du procès Pelicot. L’avocate avait alors diffusé sur les réseaux sociaux une première vidéo où on la voyait danser dans sa voiture sur un titre de Wham aux paroles évoquant un réveil soudain. Dans un contexte où la victime avait été droguée et plongée dans l’inconscience avant d’être agressée, cette mise en scène avait été jugée déplacée par la hiérarchie de l’avocate, qui avait immédiatement ouvert une procédure disciplinaire. Une seconde vidéo, publiée peu avant, avait également alimenté les critiques. On y entendait l’avocate commenter la diffusion en audience de photographies de la victime, dans des termes que plusieurs confrères avaient jugés inappropriés. Cette prise de parole hors prétoire, teintée de sarcasme, avait été perçue comme une banalisation d’éléments sensibles du dossier. Pour le bâtonnier, l’ensemble témoignait d’un comportement incompatible avec les exigences de retenue imposées par la profession. Il a requis dix-huit mois d’interdiction d’exercer.

La défense invoque la liberté d’expression et le contexte

Les conseils de Nadia El Bouroumi soutiennent que ses vidéos ont été sorties de leur contexte et mal interprétées. Selon eux, la première publication relevait d’une réponse provocatrice aux attaques dont l’avocate affirmait faire l’objet. Ils estiment que cette communication ne visait en rien la victime, mais cherchait à affirmer qu’il serait difficile de la réduire au silence. Concernant le commentaire diffusé à propos de l’audience, la défense parle d’un simple compte rendu, réalisé sur le ton qu’elle utilise habituellement sur son compte, et rappelle que l’avocate s’exprimait en dehors du tribunal. Pour ses représentants, la question soulevée dépasse la personne de l’avocate. Ils estiment que la procédure met en jeu la limite de la parole professionnelle sur les réseaux sociaux et rappellent que la liberté d’expression constitue un droit fondamental tant que les propos conservent un lien avec le débat public ou la défense des intérêts du client. S’ils reconnaissent que le ton employé peut déranger, ils affirment qu’il ne justifie pas une sanction lourde. Le conseil de discipline devra trancher entre ces deux lectures opposées, alors que la profession tente depuis plusieurs années d’encadrer l’usage des réseaux sociaux par les avocats. Dans ce dossier, le verdict dira si ces prises de parole relèvent d’un manquement déontologique ou d’un usage discutable mais autorisé de la liberté d’expression.

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