EXCLU - Avocats du diable, ils défendent l'indéfendable. Épisode 1: Emmanuel Ludot, avocat de Youssouf Fofana: "Si j’avais eu un moyen de le faire sortir sur une erreur de procédure, je l’aurais fait." (DR)
EXCLU – Avocats du diable, ils défendent l’indéfendable. Épisode 1: Emmanuel Ludot, avocat de Youssouf Fofana: « Si j’avais eu un moyen de le faire sortir sur une erreur de procédure, je l’aurais fait. » (DR)

Par Jérôme Goulon.

C’est une réflexion que beaucoup de Français se font à chaque procès des pires meurtriers qui existent, comme lors du procès de Dahbia Benkired, condamnée à la perpétuité pour le meurtre de la petite Lola: comment des avocats peuvent-ils défendre de tels «monstres» ? Comment des hommes de loi peuvent-ils accepter de plaider pour des individus ayant commis des crimes atroces ? Mais le droit français est ainsi fait. Chaque accusé a le droit d’être défendu, et pour cela, il faut bien des avocats. Des avocats animés par l’intime conviction que chaque individu a droit à une défense. Parmi eux, on peut citer Emmanuel Ludot, qui confie avoir mis ses convictions de côté pour défendre Youssouf Fofana, chef du « gang des barbares » responsable de la mort d’Ilan Halimi. D’autres avocats ont tenté de faire ressortir la part d’humanité des accusés. C’est le cas de Jean-Christophe Ramadier, qui a assisté Christophe Champenois ( qui a tué son fils Bastien dans un lave-linge) , de Julien Fresnault, avocat du « tueur de l’Essonne », ou de Pierre Alfort, qui a plaidé pour le tueur en série Patrice Alègre. Entrevue a réalisé les interviews de ces avocats qui ont défendu l’indéfendable, que nous vous proposons de (re)découvrir…

Dans ce premier épisode de notre série « Avocats du diable, ils défendent l’indéfendable », découvrez l’interview de Emmanuel Ludot, qui a défendu Youssouf Fofana. Réputé pour être aux côtés des indéfendables, il a également fait partie du comité de défense de Saddam Hussein. Pour lui, assister Youssouf Fofana était un devoir. 

Entrevue : Accepte-t-on facilement un dossier aussi lourd ?
Maître Emmanuel Ludot : Lorsqu’on est choisi par un client tel que Youssouf Fofana, refuser est une forme de lâcheté et une injure au serment que l’on a prêté. C’est ma philosophie de la profession. On doit prêter son concours à tous, quelle que soit la gravité de ce qu’on leur reproche. Les avocats qui disent que c’est contraire à leurs convictions, il faut qu’ils fassent autre chose. Il faut savoir mettre ses convictions au vestiaire et respecter sa mission, mais toujours dans le respect des victimes. Je n’ai pas d’états d’âme.

C’est aussi l’adrénaline qui vous a motivé à défendre Youssouf Fofana ?
Objectivement, oui. Mais Youssouf Fofana avait été tellement massacré par les médias et les politiques qu’il fallait relever la tête. On lui a taillé un costume d’antisémite et je voulais l’en débarrasser, parce que je ne crois pas à cette thèse. Ce sont les politiques qui lui ont taillé ce costard de tueur sanguinaire antisémite. Le mobile de Fofana, c’est l’argent. C’est différent.

Malgré ses actes atroces, avez-vous choisi de mettre en avant son côté humain ?
Pas le côté humain, mais rétablir un certain nombre de choses. Si j’avais eu un moyen de le faire sortir sur une erreur de procédure, je l’aurais fait, malgré ses actes.

Vous voulez dire le faire sortir malgré sa culpabilité ?
Absolument ! J’ai un devoir. Loyalement, je ne peux pas lui dire : « J’ai un moyen de nullité mais je ne te le donnerai pas parce que tu dois rester en prison. » Ce serait une erreur professionnelle grave et une malfaçon déontologique.

« Quelque part, je ressens une sorte de jouissance quasi malsaine à être détesté. »

Vous auriez été fustigé par l’opinion publique…
Je l’ai été un peu et je l’aurais été encore plus. Mais il faut l’assumer. Quelque part, je ressens une sorte de jouissance quasi malsaine à être détesté. Je trouve que c’est sain Il n’y a rien de pire dans la vie que d’être transparent.

Avez-vous été choqué de son comportement au procès ?
Je ne suis pas choqué mais je vais vous choquer. C’est vrai que c’est d’une cruauté absolue, mais reconnaissez que c’est d’une intelligence inouïe ! Regardez ce que ça veut dire : avant de tuer Halimi je n’existais pas, et grâce à ce meurtre j’existe.

Mais humainement, on est forcément choqué !
Si je lui avais dit ça, il m’aurait répondu : « Et alors ? » Me montrer choqué aurait été la preuve que je ne connaissais pas mon dossier. Ça lui ressemble dans la cruauté et l’intelligence.

Comprenez-vous que l’opinion publique fasse l’amalgame entre l’avocat et l’accusé ?
Non. On est dans un pays immature. On a une culture sous-développée en matière de justice. Que les Français ne comprennent pas ça est affligeant. Aux États-Unis, la question ne se pose pas.

L’affaire a eu une portée religieuse. Avez-vous eu des menaces ou des pressions durant le procès ?
J’ai été pris à partie un soir par des jeunes gens de confession juive. J’ai eu quelques coups dans les côtes mais ça ne m’a pas traumatisé. J’estime que ce sont des écervelés qui instrumentalisent leur religion et qu’ils ne servent pas leur cause qu’ils défendent.

Avez-vous eu un impact dans votre vie personnelle ?
J’habite en province donc c’est peut-être plus facile paradoxalement. Et j’ai passé l’âge de rendre des comptes. Si un client n’est pas content parce que j’ai défendu Fofana, il prend son dossier et s’en va, ça ne me dérange pas.

Vous avez aussi défendu Saddam Hussein, peut-on vous coller l’étiquette d’avocat des indéfendables ?
Je ne le revendique pas mais je l’assume. 


Fofana et le « gang des barbares »

Pour rappel, Youssouf Fofana a été condamné à la réclusion criminelle à perpétuité assortie une peine de sûreté de 22 ans pour l’enlèvement, la séquestration et le meurtre d’Ilan Halimi en 2006. Considéré comme le chef du « gang des barbares », composé d’une vingtaine de personnes, Fofana a choqué les juges par son comportement lors du procès, notamment en déclarant, pour sa date de naissance, le 13 février 2006… Il s’agit en fait de la date où Ilan Halimi a été retrouvé agonisant le long des voies ferrées, à Sainte-Geneviève-des-Bois (Essonne). 

Que retenir rapidement ?

C'est une réflexion que beaucoup de Français se font à chaque procès des pires meurtriers qui existent. Une réflexion que nombreux se sont fait lors du pro

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