Ehpad du Lherm, six ans après le drame, les familles attendent toujours après la justice
Ehpad du Lherm, six ans après le drame, les familles attendent toujours après la justice

Près de Toulouse, l’enquête sur l’intoxication alimentaire mortelle survenue à l’Ehpad La Chêneraie en mars 2019 reste au point mort. Six ans après les faits, cinq résidents décédés et vingt-et-un autres hospitalisés, les familles des victimes se confrontent à une procédure qui n’avance pas et à un procès qui ne se profile toujours pas. Certaines ont désormais le sentiment qu’on laisse leur dossier s’enliser alors qu’elles réclament des réponses et des responsabilités clairement établies. En 2019, la venue sur place de la ministre de la Santé de l’époque, Agnès Buzyn, avait nourri l’espoir d’une enquête rapide. Elle avait promis transparence et vérité. Aujourd’hui, ces engagements semblent bien lointains. Malgré quatre mises en examen, dont celle de l’ancien directeur de l’établissement, les familles n’ont reçu aucun calendrier, aucune échéance, aucun signal d’un futur jugement.

Un drame sans procès en vue

Céline Courvoisier, qui a perdu sa mère de 73 ans lors du dîner fatal du 31 mars 2019, dit ne plus comprendre le silence judiciaire. Elle a écrit au magistrat instructeur pour demander où en est le dossier et pourquoi aucune avancée concrète ne leur est communiquée. Comme elle, la cinquantaine de parties civiles s’interroge sur cette attente interminable. La synthèse policière remise en 2021 avait pourtant identifié une cause probable : la défaillance d’une armoire chauffante ayant favorisé la prolifération de bactéries dans les repas. Une expertise qui décrivait des manquements graves en matière d’hygiène et de sécurité. Depuis, seule une série limitée de mises en examen a suivi. Pour les familles, l’essentiel manque encore : les décisions prises en amont, la chaîne managériale, les « donneurs d’ordres ». Leur avocat estime que les cadres dirigeants des groupes successifs, Omega puis Korian, ne peuvent être absents de la procédure.

Un établissement mis en cause, une responsabilité diffuse

L’ancien directeur a admis ses erreurs, selon son conseil. Mais lui-même considère que ses supérieurs hiérarchiques doivent être entendus sur la politique interne et les choix organisationnels qui ont précédé la catastrophe. Le groupe Korian a proposé des indemnisations en échange d’un retrait des plaintes, affirme l’un des avocats des familles, une démarche immédiatement refusée. À leurs yeux, l’objectif n’est pas financier mais judiciaire : obtenir un procès et faire reconnaître les responsabilités.

Un dossier enlisé dans une justice débordée

Au parquet de Toulouse, on rappelle que les juges d’instruction gèrent chacun une centaine de dossiers, un volume qui contribue à ralentir l’avancée de l’affaire. Une requête en annulation d’acte reste en cours, ce qui retarde encore le passage devant une juridiction. Pendant ce temps, les proches des victimes attendent qu’un procès vienne enfin éclairer les circonstances d’un drame qui, pour eux, n’aurait jamais dû se produire. Cette attente, disent-ils, devient une nouvelle épreuve, presque aussi douloureuse que le choc initial.

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