C’est une réflexion que beaucoup de Français se font à chaque procès des pires meurtriers qui existent. Une réflexion que nombreux se sont fait lors du procès de Dahbia Benkired, condamnée à la perpétuité pour le meurtre de la petite Lola : comment des avocats peuvent-ils défendre de tels «monstres» ? Comment des hommes de loi peuvent-ils accepter de plaider pour des individus ayant commis des crimes atroces ? Mais le droit français est ainsi fait. Chaque accusé a le droit d’être défendu, et pour cela, il faut bien des avocats. Des avocats animés par l’intime conviction que chaque individu a droit à une défense. Parmi eux, on peut citer Emmanuel Ludot, qui confie avoir mis ses convictions de côté pour défendre Youssouf Fofana, chef du « gang des barbares » responsable de la mort d’Ilan Halimi. D’autres avocats ont tenté de faire ressortir la part d’humanité des accusés. C’est le cas de Jean-Christophe Ramadier, qui a assisté Christophe Champenois ( qui a tué son fils Bastien dans un lave-linge) , de Julien Fresnault, avocat du « tueur de l’Essonne », ou de Pierre Alfort, qui a plaidé pour le tueur en série Patrice Alègre. Entrevue a réalisé les interviews de ces avocats qui ont défendu l’indéfendable, que nous vous proposons de (re)découvrir…
Dans ce quatrième épisode de notre série, découvrez l’interview de Jean-Christophe Ramadier. Ce dernier a eu la lourde tâche de défendre Christophe Champenois, le père de famille accusé d’avoir tué son fils Bastien. Une affaire lourde dont l’homme de loi est ressorti épuisé.
Entevue : Pourquoi avoir accepté de défendre Christophe Champenois ?
Maître J.-C. Ramadier : Il est tout à fait possible de faire jouer une clause de conscience, mais j’ai estimé qu’il était de mon devoir d’assister cette personne que tout accablait et qui était désignée comme étant le meurtrier de son fils.
Avez-vous eu l’impression de défendre un monstre ?
Ce n’est pas un monstre. C’est une personne qui fait toujours partie de notre communauté d’humains. Il est essentiel que toute personne puisse avoir une défense, exprimer la raison d’un acte qui paraît monstrueux mais commis par quelqu’un qui était un père avant ce passage à l’acte.
En tant que père de famille, ça n’a pas été dur de mettre les sentiments de côté ?
Il y a forcément des résurgences. Paradoxalement, ça permet de se nourrir de sentiments pour pouvoir défendre une personne, mais on doit laisser de côté l’affect pour se concentrer sur la personne que l’on défend.
Comprenez-vous que l’opinion publique vous assimile au meurtrier ?
J’ai du mal à le concevoir. Les avocats mettent au service d’une personne leurs connaissances juridiques, pour être un porte-voix. En aucun cas on ne peut être complice. Le but est de défendre une personne parce qu’on est la seule épaule sur laquelle elle peut se reposer. C’est aux juridictions de le juger.
Avez-vous tissé des liens particuliers entre vous et Christophe Champenois ?
Ça ne dépasse jamais le cadre professionnel mais il y a forcément une relation de confiance qui s’instaure. L’avocat qui deviendrait l’ami de son client est un fantasme. Il est le technicien qui l’accompagne dans un processus.
Avez-vous le sentiment, malgré les 30 ans de réclusion, d’avoir accompli votre mission ?
Ce n’est jamais un devoir accompli d’entendre une peine lourde prononcée à l’égard de la personne qu’on a défendue. Mais compte tenu de la médiatisation, de l’opinion publique, je me dis qu’on a échappé à un verdict de vengeance. J’ai l’impression que la cour d’assises a compris que, malgré son crime, Christophe n’a pas perdu pour autant sa part d’humanité.
Une affaire sordide
Christophe Champenois, 32 ans, a été jugé pour avoir, en novembre 2011, tué son fils Bastien en l’enfermant dans un lave-linge puis en actionnant le mode essorage. La mère se trouvait dans le salon en train de « faire un puzzle ».



Retrouvez ici l’épisode 1 : Emmanuel Ludot, avocat de Youssouf Fofana: « Si j’avais eu un moyen de le faire sortir sur une erreur de procédure, je l’aurais fait. »
Retrouvez ici l’épisode 2 : Pierre Alfort, avocat de Patrice Alègre: «Malgré l’opinion, je n’ai pas à culpabiliser de défendre un tueur en série.»
Retrouvez ici l’épisode 3 : Julien Fresnault, avocat de Yoni Palmier, le tueur de l’Essonne: «On sait que l’opinion porte un regard noir sur nous.»