Le tribunal correctionnel de Bordeaux a condamné François Thierry, ancien patron de l’OCRTIS, à un an de prison avec sursis. Le nom de ce commissaire, longtemps associé à la lutte antidrogue, se retrouve rattrapé par l’une des saisies les plus lourdes de la décennie: 7 tonnes de cannabis découvertes à Paris en 2015, boulevard Exelmans, dans des fourgonnettes que des douaniers avaient interceptées. Au coeur du dossier, des méthodes d’enquête contestées et une gestion d’informateurs qui a fini par brouiller la frontière entre infiltration policière et dérive.
Quand l’informateur devient le fil qui dépasse
Le parquet avait pourtant requis la relaxe la semaine dernière. Les juges n’ont pas suivi. La présidente du tribunal a estimé que le policier avait « apporté son aide à un trafic » et qu’il avait agi « hors cadre juridique », en s’opposant aux investigations d’autres services, ce qui aurait facilité le transfert de stupéfiants. Les magistrats ont aussi retenu la « soustraction » d’un téléphone utilisé pour échanger avec son informateur, un détail qui pèse lourd quand tout le dossier repose sur la traçabilité et la loyauté de la preuve.
En toile de fond, Sofiane Hambli, présenté comme l’informateur principal, a été condamné par défaut à vingt ans de réclusion, avec une période de sûreté des deux tiers; détenu au Maroc, il était absent à l’audience. François Thierry, qui fêtait ses 58 ans le jour du jugement, est resté impassible à l’énoncé de la décision. Durant le procès, il avait défendu une stratégie d’infiltration destinée à remonter les filières, quitte à laisser entrer de la marchandise avant de viser les têtes de réseau, tout en parlant d’un « naufrage opérationnel » pour l’épisode de 2015; son avocate a annoncé un appel, et l’affaire, déjà emblématique, s’installe un peu plus comme un cas d’école sur les limites du renseignement policier face au narcotrafic.
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