Un panneau criblé de balles rappelant un lynchage de 1918 exposé à Atlanta (AP)
Un panneau criblé de balles rappelant un lynchage de 1918 exposé à Atlanta (AP)

Un marqueur historique provenant du site d’un lynchage de 1918, vandalisé à plusieurs reprises ces dernières années, est désormais exposé à Atlanta dans une installation qui ouvre ce lundi. Il commémore l’un des épisodes les plus brutaux et longtemps passés sous silence de l’histoire de la Géorgie rurale : le meurtre de Mary Turner, une femme noire enceinte de huit mois, tuée par une foule blanche après avoir réclamé justice pour le lynchage de son mari, Hayes Turner, et d’au moins dix autres Afro-Américains.

Le panneau, criblé d’impacts de balles et fissuré à sa base après avoir été percuté par un véhicule tout-terrain, rappelle notamment que Mary Turner fut « brûlée, mutilée et abattue » pour avoir dénoncé publiquement le meurtre de son époux. Aucun participant au massacre ne fut jamais inculpé. Entre 1880 et 1930, jusqu’à 550 personnes furent lynchées en Géorgie.

Dans la nouvelle exposition du National Museum for Civil and Human Rights, chaque mot endommagé par les tirs est désormais projeté sur un mur, accompagné des voix des descendants de Mary Turner. « Je suis contente que le mémorial ait été criblé de balles », confie sa arrière-arrière-petite-fille, Katrina Thomas. « Des millions de personnes découvriront son histoire. Sa voix continue de vivre. »

Ces lynchages avaient été documentés en 1918 par Walter White, figure clé de la NAACP, qui avait enquêté sur place en se faisant passer pour blanc et transmis les noms des suspects au gouverneur. La Géorgie fut l’un des États les plus touchés par la violence raciale, selon l’Equal Justice Initiative, qui recense plus de 4 400 lynchages aux États-Unis entre la Reconstruction et la Seconde Guerre mondiale.

Une législation fédérale anti-lynchage fut proposée en 1918 en réaction à ces crimes, adoptée par la Chambre en 1922 mais bloquée par des sénateurs du Sud. Il faudra attendre 2022 pour que le lynchage soit reconnu comme crime fédéral.

Pour Randy McClain, arrière-petit-neveu des Turner, le vandalisme répété du panneau faisait écho à l’injustice originelle : « La même injustice qui l’a tuée est celle qui a continué de s’acharner sur ce mémorial. Ici, c’est un espace sûr. Son histoire peut enfin être racontée, et sa famille peut ressentir une forme de justice. »

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