Les États-Unis ont demandé à l’Alliance du vaccin, Gavi, de supprimer progressivement de son portefeuille les vaccins contenant du thimérosal, un conservateur à base de mercure, comme condition au maintien de leur financement, selon des responsables américains et un porte-parole de l’organisation.
Cette exigence s’inscrit dans une série d’initiatives de l’administration du président Donald Trump visant à peser sur les politiques de santé mondiale. Un responsable du département américain de la Santé a indiqué que tant qu’un plan clair de retrait du thimérosal ne serait pas élaboré et mis en œuvre, aucun nouveau financement américain ne serait débloqué.
Gavi a confirmé avoir reçu cette demande, tout en soulignant qu’une telle décision relèverait de son conseil d’administration et de ses comités scientifiques, et devrait s’appuyer sur un consensus fondé sur les données scientifiques disponibles. L’organisation rappelle que la sécurité des vaccins constitue une priorité absolue dans ses programmes.
Le thimérosal est utilisé depuis des décennies comme conservateur dans les flacons multidoses afin d’éviter les contaminations. Selon Gavi et l’Organisation mondiale de la santé, ces flacons sont essentiels dans les pays à revenu faible et intermédiaire, car ils sont moins coûteux et plus faciles à distribuer lors des campagnes de vaccination de masse.
De nombreuses études menées au fil des ans n’ont mis en évidence aucun effet nocif du thimérosal. Les autorités sanitaires internationales estiment que les bénéfices de la vaccination l’emportent largement sur les risques théoriques associés à ce conservateur. Malgré cela, le secrétaire américain à la Santé Robert F. Kennedy Jr., connu pour ses positions critiques à l’égard des vaccins, affirme depuis longtemps qu’un lien existerait entre le thimérosal et l’autisme, une thèse rejetée par la communauté scientifique.
Les vaccins contenant du thimérosal ont déjà été largement abandonnés dans les pays à revenu élevé, où les doses sont le plus souvent conditionnées individuellement. Aux États-Unis, les autorités ont décidé l’an dernier de cesser l’utilisation des vaccins antigrippaux contenant ce conservateur, bien qu’ils représentaient une part marginale des vaccinations.
La demande américaine concerne à la fois des financements encore en suspens, promis par l’administration précédente, et toute contribution future. Avant ces tensions, les États-Unis représentaient environ 13 % du financement total de Gavi, qui soutient l’accès aux vaccins dans les pays les plus pauvres du monde.
Dans un contexte de réduction plus large des financements américains destinés à la santé mondiale et de retrait de Washington de certaines institutions multilatérales, cette conditionnalité suscite des inquiétudes parmi les experts. Ceux-ci redoutent qu’un abandon du thimérosal n’entraîne une hausse des coûts et des difficultés logistiques susceptibles de freiner les campagnes de vaccination dans les régions les plus vulnérables.