Le Groenland entend protéger ses fonds marins face à l’intérêt croissant des grandes puissances pour ses ressources naturelles. Jeudi 15 octobre, le Parlement de ce territoire autonome rattaché au Danemark a adopté à l’unanimité une proposition visant à interdire l’exploration et l’exploitation minières en eaux profondes jusqu’au 31 décembre 2029. Le gouvernement groenlandais devra désormais préparer un texte législatif pour concrétiser cette décision, avec une présentation prévue au printemps 2027. Le futur moratoire pourrait ensuite être prolongé par périodes successives de deux ans. Cette initiative intervient alors que les richesses minérales de la plus grande île du monde suscitent un intérêt économique et stratégique considérable, notamment de la part des États-Unis. En privilégiant une suspension des activités minières sous-marines, les élus groenlandais affichent leur volonté de mieux encadrer l’exploitation d’un environnement arctique particulièrement fragile.
La décision a été favorablement accueillie par le WWF Groenland, qui souligne les nombreuses incertitudes scientifiques entourant les conséquences de l’extraction minière dans les grandes profondeurs. Ces opérations peuvent perturber les habitats marins, remettre en suspension d’importantes quantités de sédiments et affecter des écosystèmes encore insuffisamment étudiés. Pour les quelque 57 000 habitants du Groenland, la question dépasse largement les seules considérations environnementales. La pêche constitue le principal moteur économique du territoire, tandis que la chasse demeure essentielle à la subsistance de nombreuses communautés locales. Une dégradation de la biodiversité marine pourrait donc avoir des conséquences directes sur les revenus, l’alimentation et les modes de vie traditionnels. Le vote parlementaire traduit cette préoccupation, dans une région où les transformations climatiques modifient déjà les équilibres naturels et les conditions d’exploitation des ressources.
Des ressources stratégiques au cœur des ambitions américaines
Le calendrier de cette décision lui donne une dimension politique particulière. Mercredi 14 octobre, le président américain Donald Trump a de nouveau évoqué la perspective d’une exploitation importante des ressources pétrolières, gazières et minières du Groenland. Le chef de l’État américain n’a toutefois pas spécifiquement mentionné les activités minières en eaux profondes, directement concernées par le projet de moratoire. Depuis plusieurs années, Washington manifeste un intérêt soutenu pour ce territoire arctique, dont la position géographique et les ressources potentielles présentent un intérêt majeur pour les industries technologiques, énergétiques et militaires. Les minerais stratégiques, notamment ceux utilisés dans les batteries, les équipements électroniques ou certains systèmes de défense, constituent un enjeu de concurrence internationale. Pour autant, la présence de ressources dans le sous-sol groenlandais ne garantit pas leur exploitation rentable. Les conditions climatiques extrêmes, les infrastructures limitées et les investissements nécessaires compliquent considérablement le développement de nouveaux projets industriels.
Le gouvernement groenlandais se trouve ainsi confronté à un équilibre délicat entre développement économique, protection environnementale et aspirations à une indépendance accrue vis-à-vis du Danemark. L’exploitation des richesses naturelles est régulièrement présentée comme un moyen de diversifier une économie fortement dépendante de la pêche et de renforcer, à terme, l’autonomie financière du territoire. Mais les autorités ont déjà démontré leur prudence en suspendant, dès 2021, l’attribution de nouveaux permis d’exploration pétrolière et gazière. Aucune exploitation industrielle de pétrole ou de gaz n’a encore été mise en place sur l’île. Le nouveau projet de moratoire ne concerne pas l’ensemble des activités minières terrestres, mais cible spécifiquement les ressources des grands fonds marins. Cette distinction est importante : le Groenland ne renonce pas à valoriser son potentiel minéral, mais souhaite éviter que certaines activités ne soient engagées avant une meilleure évaluation de leurs conséquences. Dans un Arctique devenu stratégique pour les grandes puissances, ce choix illustre la volonté des responsables groenlandais de conserver la maîtrise des décisions concernant leur territoire et ses ressources.

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