La plateforme de marchés prédictifs Polymarket a enregistré plus de 600 millions de dollars de transactions sur deux marchés électoraux mondiaux, dont une part écrasante portait sur des candidats qui n’ont jamais eu de chance de l’emporter. Un phénomène qui interroge la fiabilité de ces outils présentés comme des baromètres de l’opinion.
Les marchés prédictifs se présentent volontiers comme des instruments de mesure de l’opinion plus fiables que les sondages traditionnels, capables de refléter en temps réel les anticipations collectives sur des événements à venir. La plateforme Kalshi avait d’ailleurs devancé de nombreux instituts de sondage dans ses prévisions sur l’élection présidentielle américaine de 2024. Mais certaines données récentes viennent brouiller ce tableau flatteur.
Sur la plateforme offshore de Polymarket, deux marchés consacrés à des élections nationales ont généré à eux seuls plus de 600 millions de dollars de volume de transactions, un niveau très supérieur à ce qu’attirent habituellement les marchés politiques. Ce qui interpelle davantage encore, c’est la répartition de ces mises : la quasi-totalité des sommes ont été engagées sur des candidats qui ont finalement perdu.
L’exemple éthiopien illustre de façon saisissante cette anomalie. Cet été, le Parti de la prospérité du Premier ministre Abiy Ahmed a remporté les élections législatives fédérales avec 438 sièges au Parlement, son plus proche rival n’en obtenant que 13. Une victoire sans ambiguïté. Pourtant, sur les marchés prédictifs, seulement 173 000 dollars ont été misés sur sa victoire, contre plus de 41 millions de dollars sur son directeur de cabinet, Shimelis Abdisa, présenté comme le futur dirigeant du pays. Au total, le volume de transactions sur ce seul marché éthiopien a dépassé 285 millions de dollars, presque entièrement concentré sur des candidats battus.
Ce comportement contredit la logique habituelle de ces plateformes, où le volume de transactions suit généralement les probabilités de victoire : les favoris attirent l’essentiel des mises, les outsiders très peu. Ici, c’est l’inverse qui s’est produit, sans qu’une explication officielle ait été avancée. La question de savoir si ces flux traduisent une méconnaissance des réalités politiques locales, des stratégies de manipulation de marché ou d’autres mécanismes reste ouverte.
Ces chiffres alimentent le débat sur la valeur réelle des marchés prédictifs comme outils d’anticipation. Si leur capacité à agréger l’information dispersée est réelle dans certains contextes, les dérives observées sur ces marchés électoraux montrent que le volume de transactions ne constitue pas, à lui seul, un gage de pertinence ou de fiabilité.

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