Saint-Denis : des adolescents devenus meurtriers, débusqués et arrêtés un an et demi après les faits
Saint-Denis : des adolescents devenus meurtriers, débusqués et arrêtés un an et demi après les faits

Le matin du 17 janvier 2024, Farid descendait du métro, cartable à l’épaule, prêt à affronter un bac blanc. Il n’en sortira pas vivant. Cerné à la sortie de la station, le lycéen de 18 ans est lynché à coups de marteau, de battes, de poings et de pieds, sous les yeux impuissants des passants. Ses agresseurs, montés dans une Twingo volée, s’étaient organisés comme une escouade de combat. Ils repartiront en emportant ses baskets comme des trophées. Farid succombera quatre jours plus tard, au milieu d’un mois de janvier sanglant pour Saint-Denis. Quelques heures après son agression, un autre adolescent, Sedan, 14 ans, est poignardé à la station Basilique. Quelques jours plus tôt, un autre jeune avait été attaqué à coups de couteau. En trois semaines, les rixes se sont enchaînées avec une violence inédite. Et en l’espace d’un an, six jeunes supplémentaires ont été tués dans des affrontements similaires.

Un an après, les arrestations tombent enfin

Ce lundi 23 juin, dix jeunes hommes ont été interpellés à Saint-Denis. Tous étaient mineurs au moment des faits. Le parquet de Bobigny les soupçonne d’avoir participé au meurtre en bande organisée de Farid. Parmi eux figure le principal auteur présumé. Âgés de 16 ans ou plus au moment du lynchage, ils sont pour la plupart originaires de la ville. Leurs gardes à vue peuvent durer jusqu’à 96 heures. L’enquête, confiée à la sûreté territoriale, s’est appuyée sur un travail minutieux, vidéos à l’appui, y compris celles filmées par les agresseurs eux-mêmes. L’implication des bandes rivales, entre les quartiers de « Four K » (verlan de Carrefour) et celui de Pleyel d’où venait Farid, ne fait aucun doute. Pourtant, le jeune homme n’était pas impliqué dans ces guerres absurdes. Il s’est retrouvé pris au piège d’une haine communautaire où l’origine d’un quartier vaut sentence.

Un long et précis travail d’enquête

Dans la hiérarchie policière, on souligne la mobilisation exceptionnelle des enquêteurs. Mais du côté des familles, le temps a semblé long. Yacine, le frère de Farid, avait écrit au Premier ministre de l’époque, Gabriel Attal, pour dénoncer l’inertie des pouvoirs publics. Il craignait que l’affaire de son frère finisse enterrée comme tant d’autres. Sa lettre, poignante, évoquait la colère face à l’indifférence, l’incompréhension devant l’inaction. Depuis le drame, les autorités tentent de reprendre la main. Un « plan couteaux » a été lancé début 2025 dans la région parisienne pour endiguer la spirale de violence. Le conseil régional d’Île-de-France a débloqué une enveloppe de 450 000 euros pour renforcer la prévention en milieu scolaire, avec le soutien de 50 000 euros supplémentaires pour les associations. À la manœuvre, Jean-Marc Mormeck, ex-champion du monde de boxe, chargé de mener le combat contre les rixes. Mais pour Farid, comme pour Sedan, il est trop tard. Et pour les familles, aucune arrestation ne remplacera la justice qu’elles attendent encore.

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