Alors que les jeunes consacrent en moyenne dix fois plus de temps aux écrans qu’à la lecture, les ministres de l’Éducation et de la Culture tirent la sonnette d’alarme. Rachida Dati et Édouard Geffray ont présenté, le 1er décembre 2025, un ensemble de propositions issues des États généraux de la lecture pour la jeunesse, afin d’inverser une tendance jugée préoccupante. L’objectif est de replacer durablement le livre dans la vie des enfants et adolescents, à travers un plan de dix ans qui sera décliné dans une feuille de route interministérielle.
Un constat préoccupant : jeunes et lecture en rupture
Les chiffres révélés par une étude Ipsos pour le Centre national du livre en 2024 ont largement motivé cette initiative : les 7-19 ans lisent en moyenne 19 minutes par jour, contre plus de trois heures passées sur les écrans. Selon les conclusions tirées par le comité de pilotage dirigé par Nicolas Georges, directeur du livre au ministère de la Culture, la lecture est perçue comme une activité isolante, parfois même stigmatisée, notamment chez les garçons. À partir de la 4e, leur intérêt pour les livres chute brutalement. Cette fracture se creuse au collège, où les adolescents décrochent davantage.
Une consultation nationale lancée en juillet 2025 a rassemblé plus de 36 000 participants, dont 6 000 jeunes, confirmant la tendance à la désaffection de la lecture dans les pratiques culturelles des adolescents. « La lecture n’est plus une évidence », a reconnu Rachida Dati à Montreuil lors de la restitution des travaux, tout en insistant sur la nécessité d’une mobilisation collective.
Quinze propositions concrètes et un appel à une mobilisation nationale
Les États généraux ont abouti à quinze mesures concrètes, destinées à renforcer la place du livre dès le plus jeune âge. Parmi les axes prioritaires figurent la formation renforcée des enseignants à la pédagogie de la lecture, la valorisation des rituels familiaux comme la lecture du soir, ou encore la diffusion de cartes de bibliothèque aux parents de nouveau-nés, déjà testée localement avec un taux d’inscription accru de 30 %. La mise en œuvre d’un plan sur dix ans est désormais envisagée, avec un soutien financier encore à définir. Le principe du « pollueur payeur » pourrait être appliqué aux géants du numérique, selon Nicolas Georges.
Le ministre de l’Éducation a souligné les liens étroits entre la lecture et la réussite scolaire, insistant sur le rôle déterminant du livre dans le développement du langage, de la concentration et de l’imaginaire. « Plus un enfant est exposé tôt aux livres, meilleurs sont ses résultats », a rappelé Édouard Geffray, évoquant également les bienfaits cognitifs de la lecture. Sylvie Chokron, neuropsychologue membre du comité, estime même qu’il s’agit d’un « enjeu de santé publique », les écrans affectant gravement l’attention des jeunes lecteurs.
Au-delà de l’école, plusieurs intervenants ont insisté sur la nécessité de faire évoluer l’image du livre. « La lecture permet aussi de créer du lien », a témoigné Élèora, lycéenne active sur BookTok. Ce réseau social dédié à la littérature jeunesse montre qu’un usage réfléchi du numérique peut aussi servir la cause du livre.
Rachida Dati et Édouard Geffray entendent désormais structurer une action gouvernementale à long terme, fondée sur les propositions du rapport remis par le comité de pilotage. Leur ambition : faire de la lecture une pratique naturelle, accessible et valorisée tout au long de la jeunesse.