À Rome, le « Musée du patriarcat » projette les visiteurs dans un futur sans sexisme
À Rome, le « Musée du patriarcat » projette les visiteurs dans un futur sans sexisme

Une exposition temporaire imaginée par ActionAid transforme la capitale italienne en point de départ d’un voyage vers 2148, date où l’égalité entre femmes et hommes serait enfin atteinte. En attendant, les violences et inégalités actuelles sont reconstituées comme des « vestiges » d’un passé à dépasser.

Un futur libéré du patriarcat mis en scène

Dans une Rome de science-fiction, où les genres vivent enfin à égalité, l’ONG internationale ActionAid a ouvert jusqu’au 25 novembre 2025 un musée éphémère, le MUPA – Musée du patriarcat. L’exposition, qui coïncide avec la Journée internationale pour l’élimination de la violence à l’égard des femmes, invite les visiteurs à regarder l’année 2025 comme une époque révolue, à travers les yeux de citoyens de 2148.

Affiches, objets, mises en scène et projections plongent les spectateurs dans un passé où les discriminations étaient systémiques : fiches de paie genrées rappelant les écarts salariaux, bande-son des harceleurs de rue, robe rouge brodée de messages de contrôle (« Où es-tu ? Avec qui ? »), ou encore scènes de la vie domestique recréées avec des mannequins pour illustrer la charge mentale féminine. « Le principe est que nous observons des artefacts de 2025 avec le regard de quelqu’un qui se trouve en 2148 », résume Alice Grecchi, chargée des relations médias pour ActionAid Italie, dans une déclaration à l’AFP.

Le choix de cette date repose sur une projection du Forum économique mondial, selon lequel la parité complète entre les sexes pourrait être atteinte… dans plus de cent ans.

Une violence encore omniprésente en Italie

L’exposition s’appuie sur une enquête menée par ActionAid et l’Observatoire de Pavie, un institut indépendant d’analyse des médias. Selon cette étude, la violence contre les femmes en Italie reste intimement liée à des inégalités structurelles présentes dans toutes les sphères de la vie : travail, maison, transports, espace public, numérique. « La photographie d’un pays où la violence est normalisée, où l’égalité réelle est encore très éloignée », déplore la chercheuse Isabella Orfano, interrogée par l’AFP.

Les données les plus récentes le confirment. Selon un rapport de l’Istat (Institut national des statistiques), près d’un tiers des femmes italiennes âgées de 16 à 75 ans (31,9 %) ont subi des violences physiques ou sexuelles au cours de leur vie. Les jeunes femmes sont les plus touchées : 37,6 % dans la tranche 16-24 ans, et 36,2 % parmi les étudiantes.

Dans une salle poignante de l’exposition, des placards cabossés symbolisent la violence domestique — pas seulement sur les corps, mais aussi sur les lieux de vie. Un projecteur diffuse aussi, sans interruption, les prénoms des plus de 80 victimes de féminicides recensées en Italie depuis janvier 2025, selon les chiffres du collectif Non Una di Meno.

Au cœur de cette initiative, le musée du patriarcat ne se contente pas d’exposer : il interpelle, accuse et espère. Car si 2148 est encore loin, l’exposition souligne qu’un autre avenir est possible – à condition de ne pas attendre cent ans pour y parvenir.

Partager