À partir du 1er mars 2026, la France impose une nouvelle taxe de 2 euros sur les « petits colis » importés depuis des pays hors Union européenne. Sont visés les articles d’une valeur inférieure à 150 euros, massivement commandés sur des plateformes comme Shein, Temu ou AliExpress.
Le phénomène a pris une ampleur spectaculaire. En 2025, plus de 826 millions d’articles venus d’Asie ont été importés en France, contre 175 millions en 2022. Vêtements à quelques euros, accessoires, gadgets et objets de décoration : le flux est devenu massif.
Un prélèvement pour lutter contre la concurrence jugée déloyale
L’objectif affiché est double. D’un côté, il s’agit de répondre à la concurrence jugée agressive des plateformes asiatiques, dont les prix défient toute compétition pour les commerçants français. De l’autre, le gouvernement entend financer davantage de contrôles douaniers.
La mesure, présentée comme transitoire, pourrait rapporter environ 500 millions d’euros. Elle doit s’appliquer au plus tard jusqu’en décembre 2026, dans l’attente d’un dispositif harmonisé à l’échelle européenne.
Concrètement, la taxe ne s’appliquera pas par colis, mais par catégorie d’articles contenus dans un envoi. Un paquet comportant trois tee-shirts et deux paires de chaussettes donnera lieu à deux prélèvements de 2 euros. Pour des produits dont la moitié valaient en 2025 moins de 3,4 euros pièce, l’effet peut être significatif.
Dans la grande majorité des cas, la taxe sera acquittée par le vendeur ou la plateforme, sur le modèle de la TVA à l’importation. Les particuliers ne seraient concernés que dans des situations très marginales, notamment en cas de cadeau expédié depuis un pays tiers.
Un risque de contournement logistique
Cette initiative française suscite déjà des inquiétudes chez les opérateurs logistiques. Le groupe Aéroports de Paris estime qu’environ 50 vols hebdomadaires pourraient être transférés de Paris-Charles-de-Gaulle vers des hubs du Benelux, comme Liège, afin d’éviter le surcoût.
L’exemple italien est scruté de près. Depuis le 1er janvier, l’Italie applique une taxe similaire de 2 euros par colis. Les flux aériens ont diminué, mais une partie des marchandises transiterait désormais par camion depuis d’autres aéroports européens, contournant ainsi la mesure nationale. Les professionnels du commerce en ligne plaident pour une réponse uniforme à l’échelle européenne afin d’éviter ces stratégies d’évitement.
Un cumul avec les droits de douane européens
À partir du 1er juillet 2026, un droit de douane européen de 3 euros par catégorie d’articles doit également entrer en vigueur. Défendue notamment par la France, cette mesure s’appliquera jusqu’en 2028.
Pendant une période transitoire, les plateformes pourraient donc supporter à la fois la taxe française de 2 euros et le droit européen de 3 euros. Reste à savoir si ces prélèvements seront absorbés par les géants du e-commerce ou répercutés, au moins en partie, sur les prix affichés aux consommateurs. L’équation est délicate : préserver la compétitivité des commerces européens, renforcer les contrôles et limiter les contournements, sans provoquer un simple déplacement des flux vers d’autres portes d’entrée du marché unique.