Le long feuilleton judiciaire autour des affrontements de Sainte-Soline connaît un tournant. Plus de deux ans après les blessés graves enregistrés lors de la manifestation du 25 mars 2023, la justice renonce à poursuivre plusieurs gendarmes, tout en relançant les investigations sur l’usage de grenades tirées en trajectoire tendue, pourtant proscrites. Le parquet de Rennes a officialisé ce choix en indiquant que certaines blessures relevaient de tirs jugés conformes, que d’autres pouvaient être replacées dans un contexte qualifié d’ultraviolent, et que l’identification formelle des auteurs restait impossible dans plusieurs cas. Pour le reste, une information judiciaire vient d’être ouverte afin qu’un juge se penche sur les tirs interdits repérés lors de l’opération.
Un dispositif bouleversé par les images et les premières expertises
Les conclusions des enquêteurs confirment que trois plaignants avaient été touchés par des projectiles tirés à faible hauteur, parfois à plusieurs dizaines de mètres des forces engagées. Cette pratique, assimilée à un usage non conforme, pourrait être requalifiée pénalement si aucune légitime défense n’était retenue. Les vidéos issues des caméras-piétons, exploitées depuis plusieurs mois, montrent notamment des échanges entre gendarmes au moment des tirs, ainsi que des commentaires laissant apparaître une désinvolture qui avait suscité l’indignation au moment de leur divulgation. Ces éléments, combinés aux expertises balistiques, ont conduit le parquet à transmettre le dossier à un juge d’instruction plutôt qu’à poursuivre en enquête préliminaire.
Plainte relancée et colère des opposants aux mégabassines
Les blessés, représentés par leur avocate, contestent vigoureusement la décision partielle de classement. Selon la défense, l’ensemble des faits aurait dû rejoindre un cadre d’instruction unique afin d’éviter ce qu’elle considère comme une fragmentation pénalement incompréhensible. Une plainte avec constitution de partie civile va être déposée, permettant aux victimes d’obtenir automatiquement une instruction sur les volets les concernant. Le collectif Bassines non merci, mobilisé depuis le début contre la réserve d’eau de Sainte-Soline, évoque de son côté une forme d’« impunité » institutionnelle et estime que ce choix vise à éviter la reconnaissance d’une responsabilité plus large de l’État. La manifestation qui avait réuni plusieurs milliers de participants, malgré son interdiction, avait dégénéré en affrontements d’une rare intensité, marqués par environ 5 000 grenades tirées par les gendarmes, des jets massifs de projectiles et des dizaines de blessés dans les deux camps. Les plaintes visant une possible non-assistance à personne en danger ont, elles aussi, été classées. Une enquête administrative reste cependant ouverte dans les rangs de la gendarmerie, à la demande du ministre de l’intérieur, après la révélation publique des enregistrements internes.