Loin des images de retraite en couple véhiculées par la publicité, la réalité sociale est tout autre pour de nombreuses Françaises. Une étude de l’Institut national d’études démographiques (Ined), publiée ce 10 décembre, révèle qu’une femme sur trois âgée de plus de 60 ans vit son quotidien de retraitée sans conjoint. Le veuvage, invisible dans le débat public, concerne pourtant près de 3,6 millions de personnes, dont 81 % sont des femmes.
Le poids des inégalités biologiques… et sociales
Cette forte disparité s’explique d’abord par l’espérance de vie plus courte des hommes. Elle est renforcée par la structure des couples : dans une majorité des unions, l’homme est plus âgé. Résultat, au décès de leur conjoint, six femmes de plus de 60 ans sur dix se retrouvent veuves, contre seulement deux hommes sur dix. Et quand ils perdent leur compagne, les hommes sont aussi bien plus enclins à se remarier. Ce veuvage n’est pas seulement une question de solitude affective, il est aussi une donnée socio-économique majeure. En 2024, les pensions de réversion, versées principalement aux veuves, représentaient 38,7 milliards d’euros, soit 1,3 % du PIB.
Un veuvage plus long pour les femmes modestes
En moyenne, une femme de plus de 60 ans vivra 13 ans après le décès de son conjoint. Mais cette durée varie selon la classe sociale : les femmes issues des couples les plus modestes connaissent un veuvage de 14,1 ans en moyenne, contre 11,4 ans pour les plus aisées. L’isolement conjugal se double donc, pour beaucoup, d’une précarité accrue. Bonne nouvelle toutefois : avec la réduction progressive de l’écart d’espérance de vie entre les sexes, cette durée de veuvage devrait diminuer dans les décennies à venir. D’ici 2070, elle passerait à 11 ans en moyenne, selon l’Ined. La proportion de femmes décédant avant leur conjoint devrait aussi légèrement augmenter, passant de 33 % à 36 %.
Un tabou social et émotionnel
Le veuvage, notamment féminin, reste une zone aveugle des politiques publiques et des représentations sociales. Dans une société qui valorise la vie à deux, les parcours de ces femmes seules sont rarement mis en lumière. Pourtant, derrière les chiffres, ce sont des millions de destins marqués par le deuil, l’adaptation et parfois la précarité qui se jouent. La France, en matière de veuvage féminin, se situe dans une position médiane en Europe : la durée de veuvage y est plus élevée que dans la plupart des pays d’Europe occidentale, mais inférieure à celle constatée dans les pays de l’Est ou des Balkans où les écarts de mortalité entre les sexes restent beaucoup plus marqués.