Retour du service militaire en France, un débat ravivé par les tensions européennes
Retour du service militaire en France, un débat ravivé par les tensions européennes

L’idée d’un service militaire volontariste revient sur la table à Paris, portée par un contexte géopolitique crispé et par les déclarations chocs d’un haut gradé qui évoquait récemment la nécessité, selon lui, d’accepter l’idée de pertes humaines en cas de conflit avec la Russie. Depuis plusieurs mois, l’Élysée étudie la possibilité d’une refonte du Service national universel, et le président de la République a laissé entendre qu’une nouvelle formule pourrait bientôt être annoncée. Le projet, encore flou, viserait entre 10 000 et 50 000 jeunes par an pour une durée d’engagement d’une dizaine de mois, avec une rémunération qui pourrait atteindre le millier d’euros. Cette réflexion s’inscrit dans un mouvement plus large observé en Europe où plusieurs pays, confrontés à la menace russe, réévaluent leur modèle de conscription ou adoptent des formes volontaires d’engagement militaire.

Modèles obligatoires et retours de conscription en Europe

Alors qu’une grande partie du continent avait abandonné la conscription dans les années 1990 et 2000, six pays de l’Union européenne n’y ont jamais renoncé. L’Autriche, Chypre, le Danemark, l’Estonie, la Finlande et la Grèce continuent d’imposer un service obligatoire avec des modalités très différentes, allant de neuf mois à plus d’un an. Le Danemark utilise un tirage au sort et a intégré les femmes dans ce dispositif, tandis que la Finlande, confrontée à la proximité russe, construit un immense vivier de réservistes, avec un objectif d’un million de personnes mobilisables d’ici 2031. Dans ces pays où la conscription reste une institution, un service civil peut remplacer le service militaire, mais sa durée est parfois doublée, comme en Finlande où il s’étale sur douze mois. Le refus répété peut entraîner des sanctions pénales, rappelant le caractère très structurant de ces dispositifs. À côté de ces États, plusieurs pays ont fait marche arrière. La Lituanie a été la première à réintroduire un service obligatoire en 2014, après l’annexion de la Crimée. Ses voisins baltes, Lettonie et Estonie, lui ont emboîté le pas en 2024, motivés par la proximité directe de la Russie. La Suède a également rétabli en 2017 un service sélectif, limité à une minorité triée sur le volet pour répondre aux besoins opérationnels de son armée. L’Allemagne s’en est inspirée en adoptant une loi instaurant une conscription volontaire, avec un questionnaire adressé dès 2026 aux jeunes majeurs. Quant à la Croatie, elle renouera en 2026 avec un service obligatoire de deux mois pour les jeunes de 18 ans, quinze ans après l’avoir supprimé.

Entre volontariats, modèles hybrides et débats politiques

Au-delà de l’Union européenne, d’autres pays interrogent leur modèle. Le Royaume-Uni, bien que préoccupé par les mutations géopolitiques, n’envisage toujours pas de rétablir la conscription, pourtant supprimée dans les années 1960. Le gouvernement mise plutôt sur une hausse progressive des dépenses militaires. En Suisse, le service militaire reste la norme pour les hommes, avec des obligations annuelles et une taxe d’exemption pour ceux qui n’atteignent pas le quota requis. La Norvège maintient un système hybride fondé sur le volontariat, même si les femmes y sont également soumises depuis plus de dix ans, signe d’une volonté d’élargir son vivier de conscrits. Dans ce paysage contrasté, la France s’interroge sur le modèle qu’elle pourrait adopter. Le projet évoqué renverrait à un service volontaire et rémunéré, loin d’un retour strict à la conscription obligatoire telle qu’elle existait avant 1997.

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