L’Armée de l’air et de l’espace a multiplié les démonstrations de puissance en novembre, au moment même où l’exécutif alertait sur la perspective d’un conflit majeur et appelait l’opinion à « accepter la perte de nos enfants ». Avec l’exercice GARUDA VIII, conduit du 12 au 26 novembre, la France et l’Inde ont projeté leurs forces aériennes au-dessus de l’Atlantique pour simuler des combats de haute intensité mêlant Rafale français et Sukhoï indiens, ravitaillés depuis la base d’Istres. Plus de 500 aviateurs et 25 aéronefs ont été mobilisés, dont des Su-30 Mk-1 de conception russe, une présence rare dans un entraînement européen.
Un partenariat stratégique avec un allié aux alliances multiples
L’Inde occupe une position géopolitique singulière : elle multiplie les exercices avec l’OTAN tout en appartenant aux BRICS et à l’Organisation de Coopération de Shanghai. Cette ambiguïté explique la configuration étonnante observée le 21 novembre : dix Rafale, six Mirage 2000, un A400M, un Airbus MRTT et six Sukhoï Su-30 indiens évoluant ensemble dans un scénario de guerre aérienne totale. Depuis la base d’Istres, hub logistique de l’Armée de l’air, l’équipage du commandant Xavier a présenté les grandes lignes de l’opération : un affrontement entre le « Blue Land » et le « Red Land », un territoire ennemi tenu par des chasseurs simulant des F-16, des Su-30 adverses et plusieurs batteries de missiles sol-air. Les appareils alliés devaient pénétrer l’espace contesté, assurer des frappes fictives et ravitailler au plus près de la ligne de front.
Un théâtre aérien tendu au-dessus de l’Atlantique
Le ravitailleur MRTT parti d’Istres a d’abord rejoint une « Green Box » près de l’embouchure de la Gironde pour ravitailler hors scénario les Sukhoï indiens, volés à 270 nœuds, puis les Rafale français, évoluant à 300 nœuds. Une à une, les opérations se sont enchaînées sur plusieurs centaines de kilomètres de façade atlantique, du secteur de Biarritz jusqu’au large de La Rochelle, où débutait le cœur de l’exercice GARUDA. Le MRTT devait ensuite s’approcher au maximum du « Red Land » tout en restant hors de portée des missiles simulés. En ambiance guerre réelle, le ravitaillement devient une manœuvre critique : l’unique moyen de maintenir Rafale et Sukhoï suffisamment longtemps dans la zone d’engagement pour remporter le duel aérien.
Un entraînement d’envergure qui confirme le rôle stratégique de la Provence
Derrière le ballet spectaculaire des avions de chasse, GARUDA illustre l’évolution doctrinale de la France : préparer la haute intensité, renforcer l’interopérabilité et montrer sa capacité à projeter rapidement sa puissance aérienne. Cette stratégie place la Provence au centre du dispositif. Les bases de Salon-de-Provence et d’Istres concentrent écoles, centres de tests, commandos spécialisés, opérateurs de ravitaillement et industriels de pointe. Autour de l’étang de Berre, un écosystème aérospatial unique – de l’ONERA à Airbus Helicopters, du CRéA à la DGA – transforme la région en plateforme majeure pour l’aéronautique militaire européenne.
L’entraînement à la guerre… mais quelle place pour la paix ?
GARUDA se déroule dans un climat politique où les plus hautes autorités évoquent frontalement l’hypothèse d’un conflit armé majeur avec la Russie d’ici 2030. Dans ce contexte, voir Rafale et Sukhoï manœuvrer côte à côte résonne comme une image de paradoxe géopolitique : l’armée se prépare à une guerre contre un pays dont l’Inde reste l’un des principaux clients militaires. Tandis que les forces aériennes remplissent leur mission républicaine de préparation opérationnelle, un autre débat surgit : celui du rôle des responsables politiques. Si l’entraînement à la confrontation est essentiel, les conditions d’une paix durable, elles, restent encore à définir.