Musulmans de France : une enquête Ifop alerte sur la montée d’un islam plus rigoriste
Musulmans de France : une enquête Ifop alerte sur la montée d’un islam plus rigoriste

Une étude Ifop pour la revue Ecran de Veille réalisée par téléphone du 8 août au 2 septembre 2025 auprès d’un échantillon de 1005 personnes de religion musulmane, extrait d’un échantillon national représentatif de 14 244 personnes âgées de 15 ans et plus résidant en France métropolitaine décrit une évolution lente mais profonde de l’islam en France depuis quarante ans. 

Une réislamisation portée par les jeunes générations

Selon cette enquête, les personnes se déclarant musulmanes représenteraient désormais environ 7 % de la population adulte, contre 0,5 % au milieu des années 1980. Cette hausse s’inscrit dans un paysage religieux bouleversé par la chute du catholicisme et la montée des « sans religion », qui approcheraient désormais les 40 %. Mais au-delà de ce poids numérique, c’est le niveau d’engagement religieux qui distingue nettement les musulmans des autres croyants. Huit musulmans sur dix se présentent comme religieux, soit beaucoup plus que les fidèles des autres confessions. Près d’un quart se définissent comme très ou extrêmement religieux, avec un pic chez les 15–24 ans où cette religiosité intense deviendrait la norme. En parallèle, la pratique cultuelle s’est nettement renforcée depuis la fin des années 1980 : la prière quotidienne concernerait désormais une majorité des répondants, quand la fréquentation hebdomadaire de la mosquée le vendredi aurait plus que doublé. Là aussi, les jeunes se montrent les plus assidus, alors que l’on attendrait plutôt une forme de distanciation au fil des générations dans un schéma classique de sécularisation. Les obligations alimentaires suivent la même trajectoire. Le jeûne intégral du ramadan serait davantage respecté qu’il y a quarante ans, en particulier chez les 18–24 ans où il devient quasi systématique. La proportion de musulmans ne consommant pas d’alcool aurait également progressé, avec une abstinence quasi généralisée chez les plus jeunes, ce qui traduit un resserrement normatif autour des interdits religieux.

Entre normes religieuses renforcées et tentation islamiste

Cette réislamisation ne se limite pas au culte, elle s’étend au quotidien, à la manière de s’habiller et de se comporter. Le voile reste minoritaire à l’échelle de l’ensemble des femmes musulmanes, mais son port progresse fortement chez les 18–24 ans, où près d’une sur deux serait désormais voilée. L’enquête souligne à la fois le poids de la contrainte religieuse, la dimension identitaire d’affirmation de l’appartenance et un usage de protection face aux regards et aux pressions dans l’espace public. Parallèlement, une part importante des répondants déclare refuser au moins une forme de contact avec l’autre sexe, qu’il s’agisse de la bise, des piscines mixtes, des poignées de main ou de la relation soignant patient, avec un rejet de la mixité plus marqué encore chez les jeunes femmes. Les auteurs décrivent aussi un glissement vers ce qu’ils qualifient d’absolutisme religieux. Une majorité de répondants estime que, lorsque science et religion semblent s’opposer sur l’origine du monde, c’est la religion qui a raison, et l’attachement à une modernisation de l’islam reculerait fortement par rapport à la fin des années 1990. Sur des questions juridiques comme l’héritage ou l’abattage rituel, la part de ceux qui privilégient les règles religieuses plutôt que la loi française aurait nettement progressé, tandis qu’une proportion significative juge souhaitable l’application de la loi islamique, au moins en partie, dans les pays où ils vivent. Enfin, l’enquête pointe une diffusion bien plus large qu’autrefois des courants islamistes. Plus d’un musulman sur trois approuverait au moins certaines positions qualifiées d’islamistes, un niveau deux fois supérieur à celui mesuré à la fin des années 1990. Une personne sur trois déclarerait de la sympathie pour au moins une mouvance de l’islam politique, la confrérie des Frères musulmans arrivant en tête. Ce courant recueillerait l’adhésion d’une part particulièrement importante des moins de 25 ans, ce qui laisse entrevoir, selon les auteurs, une implantation durable de ces références idéologiques au sein des nouvelles générations.

Que retenir rapidement ?

Une étude Ifop pour la revue Ecran de Veille réalisée par téléphone du 8 août au 2 septembre 2025 auprès d’un échantillon de 1005 personnes de religion mus

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