La principauté était engagée depuis plusieurs mois dans un débat inédit autour de l’interruption volontaire de grossesse. En mai, le Conseil national avait adopté à une large majorité une proposition de loi visant à autoriser l’IVG sous conditions. Ce vote marquait une possible évolution pour un territoire où, malgré la dépénalisation pour les femmes depuis 2019, l’acte reste interdit aux médecins sauf circonstances médicales ou criminelles. L’annonce du prince Albert II, publiée ce mardi dans une interview accordée à Monaco Matin, a mis un coup d’arrêt net à cette perspective. Le souverain a indiqué avoir demandé que le Conseil national soit informé de son refus de donner suite au texte voté. Cette décision intervient alors que plusieurs organisations et responsables religieux avaient déjà exprimé leurs réserves sur une réforme jugée sensible dans un État où le catholicisme demeure religion officielle. Le prince a par ailleurs précisé que des mesures d’accompagnement seraient présentées prochainement par le ministre d’État, sans détailler leur contenu ou leur calendrier.
Un vote majoritaire contrarié par la position du souverain
La proposition de loi adoptée au printemps avait pourtant reçu un soutien transversal au Conseil national, avec dix-neuf voix pour et seulement deux contre. Elle prévoyait d’autoriser l’IVG jusqu’à douze semaines de grossesse, d’étendre ce délai à seize semaines en cas de viol et d’abaisser l’âge du consentement parental à quinze ans pour les mineures concernées. Ce cadre se voulait proche des législations en vigueur dans les pays voisins, tout en tenant compte du contexte particulier de la Principauté. Le diocèse de Monaco avait exprimé dès mars ses inquiétudes quant aux conséquences du texte, tout en rappelant son respect des institutions. La position du prince, maintenant connue, vient donc aligner la direction politique de l’État sur les réserves déjà exprimées par une partie des autorités religieuses, confirmant que la réforme ne progressera pas sous sa forme actuelle.
Une société partagée entre attentes et déceptions
Pour les collectifs engagés en faveur des droits des femmes, la nouvelle a été accueillie avec un mélange de frustration et d’inquiétude. Juliette Rapaire, militante féministe et fondatrice du collectif Les Nouvelles Réformatrices, a évoqué une déception malgré l’attente de précisions sur les futures mesures annoncées par l’exécutif monégasque. Elle rappelle que les femmes concernées continueront, dans les faits, à se rendre à l’étranger pour accéder à l’IVG, situation qui perdure depuis plusieurs décennies en l’absence de cadre légal clair dans la Principauté. La question demeure particulièrement sensible dans un territoire où les évolutions sociétales s’inscrivent souvent dans un temps long. Les débats des derniers mois ont montré une population partagée, certains habitants considérant que Monaco accuse un retard sur ce sujet, d’autres rejetant l’idée d’une légalisation. Malgré le vote du Conseil national, la décision du prince repousse toute réforme immédiate et renvoie la discussion vers de possibles mesures d’accompagnement dont les contours restent à préciser.