La capitale européenne a vécu une journée sous haute tension autour du dossier Mercosur. Plusieurs milliers d’agriculteurs venus de toute l’Union se sont rassemblés jeudi près du Parlement européen, alors que les chefs d’État et de gouvernement étaient réunis en Conseil. Objectif affiché : faire pression sur les institutions pour empêcher la signature imminente de l’accord de libre-échange entre l’Union européenne et les pays du Mercosur. Mais la mobilisation, annoncée comme massive, a été ponctuée de débordements qui ont conduit les forces de l’ordre à intervenir. Selon la police bruxelloise, un peu plus de 7 000 manifestants ont participé au cortège officiellement autorisé, accompagnés d’une cinquantaine de tracteurs. Dans le même temps, près d’un millier d’engins agricoles supplémentaires se sont massés dans le quartier européen, paralysant plusieurs axes stratégiques. La FNSEA espérait mobiliser plusieurs milliers d’agriculteurs français, tandis que l’organisation européenne Copa-Cogeca évoquait en amont un rassemblement pouvant atteindre 10 000 personnes. La présence policière a été renforcée dès l’aube afin de sécuriser les abords des institutions européennes. Malgré cela, l’atmosphère est rapidement devenue électrique. Des jets d’eau ont été utilisés pour disperser des groupes jugés hostiles, des feux de pneus et de poubelles ont été allumés, et plusieurs vitres d’un bâtiment du Parlement européen ont été brisées. Ces incidents, attribués à des individus masqués en marge du cortège, ont marqué une escalade dans un mouvement que ses organisateurs voulaient initialement pacifique.
Mercosur, mais pas seulement
Si l’accord UE-Mercosur cristallise l’essentiel de la colère, les revendications exprimées à Bruxelles dépassent largement ce seul dossier. Les manifestants dénoncent une accumulation de contraintes européennes, évoquant pêle-mêle la future politique agricole commune, la baisse annoncée de son budget, les normes environnementales jugées excessives et la fiscalité. À ces griefs s’ajoute, dans l’esprit de nombreux agriculteurs français, la gestion de la crise liée à la dermatose nodulaire contagieuse, qui alimente un sentiment d’abandon par les pouvoirs publics. Sur le Mercosur, la Commission européenne entend toujours conclure un accord vieux de plus de vingt ans, qui créerait l’une des plus vastes zones de libre-échange au monde. Mais la signature, envisagée dès ce week-end, reste suspendue à l’obtention d’une majorité qualifiée des États membres. Or plusieurs pays demandent désormais un report, au premier rang desquels la France, la Pologne et, plus récemment, l’Italie. Cette évolution fragilise la stratégie d’Ursula von der Leyen, qui a toutefois reçu une délégation du Copa-Cogeca et assuré, dans un message public, que l’Europe resterait aux côtés de ses agriculteurs. Le front agricole n’est cependant pas totalement uni. Les représentants des vins et spiritueux ont, de leur côté, plaidé pour une conclusion rapide de l’accord, y voyant un levier pour renforcer les exportations européennes dans un contexte de tensions commerciales avec la Chine et les États-Unis.
Une crise agricole à l’échelle européenne
La mobilisation bruxelloise résonne avec les actions menées simultanément en France, notamment dans le Sud-Ouest, où les barrages et manifestations se multiplient. Le ministère de l’Intérieur recensait encore récemment plusieurs dizaines d’actions sur le territoire national, impliquant plusieurs milliers de personnes. Si ces mouvements sont souvent portés par des syndicats concurrents de la FNSEA, leurs responsables assumaient la poursuite des blocages, estimant que la manifestation européenne ne suffisait pas à infléchir la position des autorités. À Bruxelles comme dans les capitales nationales, la séquence illustre l’ampleur du malaise agricole. Entre contestation de la mondialisation des échanges, inquiétudes sur les revenus et rejet d’un empilement de normes, la colère dépasse désormais le cadre d’un accord commercial. Elle s’impose comme un test politique majeur pour l’Union européenne, à l’heure où le Mercosur devient le symbole d’une fracture persistante entre institutions et monde agricole.