Lyon – Croix-Rousse : l’église Saint-Bernard, dormante depuis 20 ans, devient un mur d’escalade
Lyon – Croix-Rousse - l’église Saint-Bernard, dormante depuis 20 ans, devient un mur d’escalade

L’église Saint-Bernard, perchée sur les pentes de la Croix-Rousse à Lyon, pourrait enfin sortir de son coma. Fermée au public depuis 2004 pour raisons de sécurité et désacralisée en 2016, cette belle néogothique de 1886 (signée Tony Desjardins et Hugues-François Dubuisson de Christot) va renaître en haut-lieu de l’escalade urbaine. Un projet à 4,9 millions d’euros, porté par la mairie et la société Carré d’Or, vient d’être dévoilé : un mur d’escalade en « U » sur la façade avant, avec blocs imposants, un café-restaurant et des espaces de coworking à l’arrière. Le conseil municipal de janvier 2026 scellera le bail emphytéotique de 50 ans (redevance annuelle de 31 000 € HT). À Lyon, où les grimpeurs rêvaient déjà de transformer ce géant endormi en salle verticale, c’est un pari osé : recycler un édifice religieux en temple de la grimpe, du café et du télétravail. L’idée n’est pas tombée du ciel. Elle a germé lors de la deuxième édition du budget participatif lyonnais, où des habitants avaient proposé une salle d’escalade dans cette coque vide. Inspiré par des reconversions réussies (comme l’église parisienne devenue blocpark), le projet mise sur les atouts du lieu : hauteur sous voûte impressionnante, lumière naturelle zénithale, et emplacement premium sur la colline qui travaille. Carré d’Or, promoteur spécialisé dans les réhabilitations atypiques, prend le relais : le chœur et la nef accueilleront les blocs et murs, l’abside un café-restaurant cosy, et les annexes des bureaux partagés pour nomades numériques. Budget : 4,9 millions, financés en partie par le privé, avec une redevance modeste pour la Ville qui garde la propriété.

Une reconversion qui divise les âmes

À la Croix-Rousse, quartier bobo et historique, les réactions fusent. Les grimpeurs exultent : Lyon, déjà bien dotée en salles (Altissimo, Bloc Session), gagne un spot iconique, accessible et lumineux. Les amateurs de patrimoine, eux, grincent : transformer une église néogothique en playground vertical, est-ce du génie ou du sacrilège ? La désacralisation de 2016 avait déjà ouvert la porte, mais voir des blocs « en U » sur la façade, c’est un choc visuel. La mairie, pragmatique, défend un sauvetage : sans projet, l’édifice continuait à pourrir, menaçant ruine et squat. Mieux vaut des cordes et des magnesie que des pigeons et des infiltrations. Le calendrier est serré : signature du bail en janvier 2026, travaux dès l’été, ouverture espérée fin 2027. Carré d’Or promet un respect architectural : voûtes préservées, vitraux mis en valeur, et une jauge raisonnable pour éviter le tourisme de masse. Reste à convaincre les riverains, déjà chatouilleux sur le bruit et les parkings. Mais à Lyon, ville qui sait réinventer ses friches (les Subsistances, la Sucrière), Saint-Bernard pourrait devenir le nouveau totem d’une reconversion réussie : d’un lieu de prière à un lieu de sueur, où l’on touche le ciel autrement. Ce projet, s’il aboutit, marquera les esprits : une église qui ne sonne plus les cloches, mais où l’on grimpe vers les étoiles. À la Croix-Rousse, on passe du sacré au vertical, et c’est peut-être ça, la modernité lyonnaise.

Partager