Longwy : une cagnotte d’un million pour sauver les Émaux, écho aux blessures des Cristalleries d’Arc
Longwy : une cagnotte d’un million pour sauver les Émaux, écho aux blessures des Cristalleries d’Arc

En Lorraine, l’histoire industrielle n’est jamais loin. À Longwy, en Meurthe-et-Moselle, une manufacture fondée en 1798 tente aujourd’hui de survivre grâce à un élan populaire inattendu. Les Émaux de Longwy, maison emblématique de la faïence décorative, ont vu affluer près d’un million d’euros via une cagnotte en ligne lancée pour éviter le pire avant une audience décisive au tribunal de commerce. Une mobilisation qui rappelle, par contraste, le destin plus tourmenté des Cristalleries d’Arc, autre symbole régional longtemps secoué par les crises.

À Longwy, la situation est urgente. Endettée, la manufacture a choisi d’en appeler directement au public. En deux mois, environ 941 000 euros ont été réunis. À cette collecte se sont ajoutées des opérations commerciales ciblées, notamment la vente de pièces spéciales, comme des tortues imaginées par le styliste Jean-Charles de Castelbajac, rapidement écoulées. En janvier 2026, le chiffre d’affaires aurait bondi de 173 % par rapport à l’année précédente, preuve d’un sursaut spectaculaire.

Dans les ateliers, une trentaine de salariés poursuivent le travail avec minutie. L’inquiétude est palpable, mais l’espoir aussi. Tous savent que le sort de la maison se jouera devant le tribunal. La disparition d’un tel savoir-faire serait un choc pour la ville, où ces pièces colorées font partie du décor depuis des générations.

Deux fleurons, deux combats pour durer

Ce scénario résonne avec celui des Cristalleries d’Arc, dans le Pas-de-Calais, longtemps considérées comme un géant mondial du verre de table. Fondée au XIXe siècle, l’entreprise a employé jusqu’à plusieurs milliers de salariés et exporté ses marques aux quatre coins du globe. Mais face à la concurrence internationale, aux mutations industrielles et à l’endettement, elle a traversé restructurations, plans sociaux et changements d’actionnaires.

La comparaison éclaire un point commun, la fragilité des industries patrimoniales face aux chocs économiques. À Longwy comme à Arc, il ne s’agit pas seulement de bilans comptables. Ces entreprises incarnent un territoire, une mémoire ouvrière, un savoir-faire transmis. Quand l’une vacille, c’est tout un pan d’identité locale qui tremble.

La différence tient pour l’instant à la nature du sursaut. Les Émaux de Longwy bénéficient d’une mobilisation citoyenne directe, dons, achats solidaires, prises de participation symboliques. À Arc, les solutions ont davantage reposé sur des montages financiers, des reprises industrielles et des restructurations lourdes et aussi des clients venus plus nombreux dans le magasin d’usine, symbolique plus qu’efficace. Deux modèles de sauvetage, l’un porté par l’émotion et l’attachement populaire, l’autre par des logiques de marché et d’investisseurs.

À Longwy, chacun rappelle que peu de foyers lorrains sont dépourvus d’une pièce issue de la manufacture. Cette dimension affective nourrit la solidarité. La cagnotte, prolongée jusqu’à la veille de l’audience, constitue un signal envoyé aux juges comme aux éventuels repreneurs. Elle montre qu’au-delà des chiffres, une communauté refuse de voir disparaître ce qu’elle considère comme un fleuron. Reste à savoir si cet élan suffira à assurer un avenir durable. Les exemples passés, dont celui des Cristalleries d’Arc, rappellent que la survie d’un savoir-faire exige plus qu’une mobilisation ponctuelle. Elle suppose un modèle économique capable de s’adapter sans renier l’excellence artisanale qui fait la réputation de ces maisons. En Lorraine, le verdict attendu dira si la tradition peut encore se conjuguer avec viabilité.

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