Hautes-Pyrénées : les agriculteurs menacent de bloquer les stations de ski pour protester contre les abattages
Hautes-Pyrénées : les agriculteurs menacent de bloquer les stations de ski pour protester contre les abattages

La mobilisation des agriculteurs des Hautes-Pyrénées franchit un nouveau seuil. Après plusieurs jours de blocages routiers, notamment sur l’autoroute A64, les manifestants annoncent désormais leur intention de s’attaquer aux accès des stations de ski du département. En ligne de mire, la station de Saint-Lary-Soulan, dont l’accès pourrait être perturbé dès ce jeudi matin par un barrage filtrant. Cette escalade intervient alors que la contestation contre les abattages systématiques de troupeaux touchés par la dermatose nodulaire contagieuse ne faiblit pas. Depuis le début de la semaine, la circulation reste fortement perturbée entre Montréjeau et Briscous, où l’A64 demeure coupée. Les agriculteurs, organisés principalement autour de la Coordination rurale, estiment ne plus disposer d’autres leviers pour faire entendre leurs revendications. Leur objectif affiché consiste à exercer une pression économique suffisante pour contraindre les pouvoirs publics à revoir le protocole sanitaire imposant l’abattage total des cheptels dès la détection d’un cas de dermatose nodulaire.

Un durcissement ciblé au cœur de la saison touristique

Le choix de viser les stations de ski n’est pas anodin. En pleine montée en charge de la saison hivernale, les domaines pyrénéens enregistrent des niveaux de réservation élevés à l’approche des vacances scolaires. Un premier dispositif est prévu à Arreau, point stratégique donnant accès à la vallée d’Aure. L’idée consiste à filtrer, voire empêcher, l’accès à la station de Saint-Lary-Soulan tout en maintenant, dans un premier temps, les blocages existants sur les grands axes routiers. Les représentants agricoles expliquent vouloir procéder par étapes. Dans un premier temps, une seule vallée serait concernée, les moyens humains étant limités. Mais la menace d’un élargissement à d’autres stations reste clairement posée si aucune évolution n’intervient du côté du gouvernement. Les agriculteurs conditionnent toute désescalade à un arrêt du principe d’abattage total, qu’ils jugent disproportionné et destructeur pour des exploitations déjà fragilisées. La dermatose nodulaire contagieuse, maladie virale affectant les bovins, a récemment conduit à l’abattage complet d’un troupeau dans la commune de Luby-Betmont. Une vingtaine de vaches ont été euthanasiées conformément à la réglementation sanitaire, après la confirmation d’un cas dans l’élevage. Cet épisode a cristallisé la colère locale, les éleveurs dénonçant un protocole qu’ils estiment inadapté, insuffisamment concerté et économiquement dévastateur.

Des répercussions économiques redoutées par les stations

Du côté des acteurs du tourisme, l’inquiétude monte. Les exploitants de stations reconnaissent la légitimité du malaise agricole, tout en alertant sur les conséquences immédiates d’un blocage des accès. Les stations des Hautes-Pyrénées pourraient perdre jusqu’à un tiers de leur chiffre d’affaires si les actions venaient à se prolonger ou à s’intensifier. La situation est d’autant plus délicate que l’économie de montagne repose largement sur une saison hivernale courte mais décisive. Les gestionnaires des domaines skiables soulignent également les risques liés aux itinéraires de substitution. Le réseau secondaire, moins adapté à un fort trafic, pose des problèmes de sécurité et ne permet pas d’absorber un afflux massif de véhicules. Dans ce contexte, certaines décisions commencent déjà à produire leurs effets, notamment le gel des embauches de saisonniers prévues pour la fin de semaine, alors même que de nombreux travailleurs cumulent emplois touristiques et activité agricole. La mobilisation agricole s’inscrit ainsi dans un climat de tension généralisée, où se superposent enjeux sanitaires, survie économique des exploitations et dépendance des territoires de montagne à l’activité touristique. En l’absence de signal fort de la part des autorités, les agriculteurs semblent déterminés à maintenir la pression, quitte à fragiliser un peu plus un équilibre local déjà précaire. La journée de jeudi pourrait marquer un tournant, tant pour le mouvement agricole que pour le début de la saison de ski dans les Hautes-Pyrénées.

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