Gironde, un père accuse Sanofi après les handicaps de sa fille
Gironde, un père accuse Sanofi après les handicaps de sa fille

Jean Marc Laurent, habitant de Cénac au sud de Bordeaux, s’apprête à déposer plainte contre Sanofi. Ce père de famille tient le laboratoire pour responsable des troubles cognitifs de sa fille Margaux, née en 2008, après avoir lui-même pris pendant des années de la Dépakine, un antiépileptique à base de valproate. Ce médicament, au cœur d’un vaste scandale sanitaire lorsqu’il est prescrit aux femmes enceintes, est désormais aussi mis en cause pour son impact possible lors de la conception, lorsqu’il est pris par le père.

Une accumulation de handicaps inexpliqués

Margaux présente un ensemble de troubles, dysphasie, dyspraxie et difficultés psychomotrices, qui nécessitent depuis l’enfance des séances régulières d’orthophonie et de thérapie motrice. Pour son père, le déclic est venu progressivement, à mesure que la scolarité mettait en lumière un écart croissant avec les autres enfants. Il explique avoir pris de la Dépakine sur prescription d’un neurologue au début des années 2000, pour traiter des crises survenues après avoir contracté un parasite en Afrique. Pendant longtemps, il n’avait fait aucun lien entre ce traitement et la santé de sa fille, avant que les données scientifiques ne se précisent.

Une étude qui change tout

Le 6 novembre, une étude du groupement Epi Phare, menée par l’Agence du médicament et l’Assurance maladie, a conclu que l’exposition paternelle au valproate au moment de la conception augmentait le risque de troubles neurodéveloppementaux chez l’enfant. Ces troubles incluent des déficits de l’attention, des difficultés intellectuelles, des problématiques de communication ou encore des troubles du spectre autistique. Pour Jean Marc Laurent, ce constat scientifique apporte un soulagement paradoxal, celui de comprendre enfin l’origine des difficultés de sa fille, tout en renforçant sa détermination à agir en justice.

Vers un nouveau volet du scandale Dépakine

L’affaire ouvre une dimension supplémentaire dans un dossier déjà lourd. Les risques de la Dépakine pour les femmes enceintes sont désormais bien établis, au point que la justice a déjà reconnu la responsabilité partielle de l’État pour insuffisance d’information auprès des patientes et des médecins. L’idée que l’exposition du père puisse, elle aussi, avoir des conséquences profondes sur l’enfant ajoute une complexité nouvelle à ce scandale sanitaire. Jean Marc Laurent souhaite également alerter les futurs parents, convaincu que l’information doit circuler pour éviter d’autres drames. Il espère que sa démarche encouragera Sanofi à réagir, à reconnaître ces risques et à travailler à de nouvelles alternatives thérapeutiques. Le laboratoire, déjà sous pression judiciaire dans plusieurs volets liés à la Dépakine, pourrait devoir affronter une nouvelle série de plaintes si d’autres familles concernées se manifestent à leur tour.

Partager