Le parquet de Périgueux a ouvert une enquête pour injure publique raciste, après des propos tenus par Bernard Bazinet, maire d’Augignac, en Dordogne. L’édile socialiste, élu en 2020, a déclenché une vague d’indignation le 4 décembre dernier en réagissant à un article évoquant la participation d’Israël à l’Eurovision, alors que les Pays-Bas annonçaient leur boycott du concours. Sous la publication, il a écrit que « la France est trop youpine pour boycotter », une phrase qui a immédiatement suscité l’émoi. Rapidement supprimé, le commentaire n’a pas échappé aux internautes ni aux associations de lutte contre l’antisémitisme. La Licra, qui a dénoncé un langage directement hérité des années de collaboration et du régime de Vichy, a confirmé son intention de porter plainte, tant au niveau local que national. La préfète de Dordogne a, elle aussi, signalé les faits au procureur de la République. Le maire d’Augignac, confronté à la polémique, a reconnu une « erreur » et exprimé ses regrets, affirmant n’avoir « pas mesuré la portée du mot » et soutenant ne pas être antisémite. Une ligne de défense aussitôt jugée irrecevable par la présidente de la Licra Périgueux-Dordogne, pour qui de telles déclarations, en 2025, sont « inadmissibles » et relèvent d’un « antisémitisme primaire ».
Sanction politique immédiate, trouble persistant
Face à l’ampleur de l’affaire, le Parti socialiste a réagi avec fermeté. Le même jour, dans un communiqué laconique, la direction nationale a annoncé l’exclusion immédiate de Bernard Bazinet, rappelant que « l’antisémitisme est un mal odieux » et que « aucune tolérance, aucune explication n’est entendable ». À droite, le Rassemblement national s’est engouffré dans la brèche : Julien Odoul, porte-parole du parti, a interpellé Olivier Faure, premier secrétaire du PS, exigeant une condamnation officielle. Cette dernière est intervenue quelques heures plus tard. En parallèle, l’élu périgourdin, désormais isolé, maintient qu’il n’a jamais eu l’intention d’insulter une communauté, évoquant une « mauvaise interprétation » du mot employé, qu’il dit avoir cru « argotique ». L’argument ne convainc pas. Pour ses détracteurs, le terme, historiquement chargé et notoirement offensant, ne souffre d’aucune ambiguïté. D’autant plus lorsqu’il est formulé par un représentant de la République, censé incarner les valeurs d’égalité et de respect. L’affaire illustre une fois de plus les lignes rouges que les responsables politiques ne peuvent franchir sans conséquence. À l’heure où les tensions identitaires et religieuses sont ravivées par le contexte international, la responsabilité des élus dans l’espace public s’en trouve d’autant plus scrutée. Bernard Bazinet en fait les frais, lâché par son parti, cerné par la justice, et décrédibilisé localement. En Dordogne comme ailleurs, les mots ont un poids et celui-là pourrait bien lui coûter son mandat.