La contraction massive des budgets alloués à l’aide publique au développement commence à frapper de plein fouet le secteur humanitaire français. Selon une étude menée par Coordination Sud, près de 5 000 emplois ont déjà disparu, conséquence directe des coupes engagées depuis 2023 et accentuées en 2025. Ces réductions sèches provoquent l’arrêt ou la révision de 641 projets, laissant 7,6 millions de personnes sans accès à des besoins essentiels comme l’alimentation, l’eau potable, l’hygiène ou les droits fondamentaux.
Un effondrement brutal des financements
Pour les ONG interrogées, la baisse des financements publics atteint un niveau jamais observé. Les organisations rapportent une contraction de 583 millions d’euros sur l’année 2025, dont 95 millions imputables aux bailleurs français. Les auteurs de l’étude estiment toutefois que ces montants pourraient être deux à trois fois supérieurs, les coupes se poursuivant après la période d’enquête. Cette chute brutale marque une rupture avec une décennie de hausse continue et contredit les engagements votés en 2021, lorsque la France avait promis de consacrer 0,7 % de son revenu national brut à l’aide au développement. Pour Olivier Bruyeron, président de Coordination Sud, cette volte-face « est extrêmement choquante » et risque d’alimenter « pauvreté, inégalités, tensions et conflits » dans les régions les plus vulnérables.
Des projets abandonnés et un risque de retrait total
Les associations alertent désormais sur la disparition pure et simple de certaines ONG des zones où elles intervenaient depuis des années. Le Sahel figure parmi les régions les plus exposées : plus d’une vingtaine d’organisations françaises pourraient devoir s’y retirer faute de moyens. Les projets interrompus concernent autant la sécurité alimentaire que la santé, l’eau, la protection des droits humains ou des programmes éducatifs essentiels. Cette fragilisation du tissu humanitaire français se traduit aussi, en interne, par la suppression de 4 900 emplois : une hémorragie qui touche logisticiens, coordinateurs, spécialistes de terrain ou personnels administratifs, et qui complique encore davantage la capacité des ONG à maintenir leurs actions.
Un appel pressant avant le budget 2026
À l’approche de l’examen du budget pour 2026, Coordination Sud réclame une révision urgente de la trajectoire actuelle. Sans un infléchissement politique clair, l’aide française – déjà réduite dans son périmètre – pourrait se retrouver durablement sous-financée, au détriment des populations les plus fragiles et de la présence humanitaire française à l’international. Pour les acteurs du secteur, l’enjeu n’est plus seulement financier : il s’agit désormais d’éviter un « point de bascule » irréversible dans la solidarité internationale.