Le ton se durcit dans le débat sur l’ouverture à la concurrence des lignes à grande vitesse. Le PDG de la SNCF, Jean Castex, a estimé jeudi que les entreprises ferroviaires devaient être soumises aux « mêmes règles », dénonçant une situation qu’il juge déséquilibrée au détriment de l’opérateur historique.
Selon lui, la SNCF ne peut accepter que des concurrents se concentrent exclusivement sur les liaisons les plus rentables, laissant à l’entreprise publique la charge des dessertes moins profitables. Il souligne que certaines sections très fréquentées permettent aujourd’hui de financer des arrêts intermédiaires ou des lignes secondaires qui, sans cette péréquation, seraient fragilisées.
Un modèle économique menacé selon la SNCF
Le dirigeant évoque notamment le cas des liaisons directes très lucratives, comme un Paris-Bordeaux sans arrêt, dont la rentabilité serait bien supérieure à celle d’un trajet desservant Poitiers et Angoulême. Il affirme que la SNCF n’a pas l’intention d’abandonner ces villes, mais prévient qu’un écrémage des segments rentables par des opérateurs privés pourrait déstabiliser l’ensemble du système ferroviaire.
Sur l’axe Paris-Lyon, la concurrence est déjà une réalité avec l’arrivée de Trenitalia. Jean Castex souligne que la SNCF continue d’assurer des arrêts dans des villes comme Le Creusot, tandis que son concurrent italien privilégie les liaisons les plus denses. Selon lui, cette asymétrie pose une question d’intérêt général, au-delà du seul enjeu commercial. Le patron de la SNCF insiste sur les besoins d’investissement pour moderniser le réseau, estimant qu’un affaiblissement des recettes sur les axes majeurs pourrait réduire les capacités de financement des infrastructures.
De nouveaux entrants à l’horizon
La concurrence devrait encore s’intensifier dans les prochaines années. Sur les liaisons vers l’ouest, la société Velvet, dirigée par une ancienne cadre de la SNCF, prépare le lancement de services Paris-Bordeaux et Paris-Nantes à l’horizon 2028-2029.
Dans ce contexte, Jean Castex plaide pour un cadre régulatoire garantissant une équité entre opérateurs. Il estime que la question dépasse les intérêts de la SNCF et concerne l’équilibre global du système ferroviaire français, qui repose historiquement sur une logique de solidarité entre lignes rentables et dessertes moins profitables. L’ouverture à la concurrence, engagée au niveau européen, entre ainsi dans une phase plus concrète, où se pose la question de la répartition des obligations de service et du financement du réseau.