Colère des éleveurs et appel à la mobilisation nationale face aux abattages 
Colère des éleveurs et appel à la mobilisation nationale face aux abattages 

La tension monte dans les campagnes françaises. La Confédération paysanne appelle à une mobilisation nationale contre ce qu’elle décrit comme une politique sanitaire autoritaire, après une nouvelle série d’abattages de bovins vaccinés dans le Doubs et les Pyrénées Orientales. En une seule journée, plus d’une centaine de vaches ont été euthanasiées malgré leur vaccination, déclenchant la colère des agriculteurs et l’incompréhension de syndicats qui jugent ces décisions disproportionnées. Les forces de l’ordre ont même dû sécuriser les opérations dans le Doubs, où près de 400 agriculteurs et citoyens avaient tenté d’empêcher l’abattage de 82 bovins, alors que la justice n’avait pas encore statué sur un référé déposé par les éleveurs. Depuis l’apparition de la dermatose nodulaire contagieuse bovine en France à la fin du mois de juin, près de 3000 vaches ont été euthanasiées dans sept départements. Cette maladie virale, transmise par des insectes piqueurs, ne touche pas l’homme mais peut se propager rapidement au sein des troupeaux. Pour le ministère de l’Agriculture, l’élimination préventive des animaux reste nécessaire pour éviter l’installation durable de foyers. Mais les syndicats agricoles considèrent aujourd’hui que cette stratégie ne correspond plus à la situation, notamment pour les troupeaux vaccinés depuis plus de trois semaines, délai généralement considéré comme suffisant pour que la protection immunitaire soit active.

Une fronde qui s’étend et des rassemblements organisés partout en France

La contestation dépasse désormais les seuls territoires touchés par la maladie. Des rassemblements ont eu lieu dès mercredi à Guéret, Périgueux ou Nevers, avant de gagner d’autres régions ce jeudi, notamment dans les Pyrénées Atlantiques, à Rodez ou à Bourg en Bresse. En Saône et Loire, une mobilisation commune de la Confédération paysanne et de la Coordination rurale est prévue devant la préfecture de Mâcon. Plusieurs manifestations sont également annoncées dans l’ouest du pays, pourtant non concerné par la maladie, ainsi qu’à Castres le 13 décembre. Pour la Confédération paysanne, l’objectif est clair : faire pression sur l’État pour obtenir une révision de la stratégie sanitaire, jugée inefficace et dévastatrice pour les élevages. Les responsables syndicaux dénoncent en particulier ce qu’ils appellent des abattages aveugles, réalisés sans tenir compte de la vaccination ou de l’état sanitaire réel des animaux. Ils affirment que ces décisions aggravent une situation économique déjà tendue, dans un secteur où chaque vache représente un investissement considérable. Les interventions policières pour sécuriser les abattoirs temporaires ou les exploitations ciblées alimentent par ailleurs un profond sentiment d’injustice chez les agriculteurs. Pour eux, l’État privilégie une logique administrative rigide au détriment d’une gestion concertée avec le terrain.

Un gouvernement sous pression et une gestion sanitaire contestée

Face à la montée de la colère, la ministre de l’Agriculture Annie Genevard affirme comprendre l’angoisse des éleveurs et promet un engagement total de l’État. Elle réaffirme le soutien des pouvoirs publics et souligne la nécessité de contenir une maladie qui a déjà touché plus de cent foyers. Mais les syndicats estiment que les autorités sanitaires tardent à adapter leur doctrine à la réalité de la vaccination et à l’expérience acquise depuis plusieurs mois. Ils réclament une stratégie plus ciblée, épargnant les animaux protégés par un vaccin désormais largement déployé. La crise autour de la dermatose nodulaire contagieuse prend ainsi une tournure nationale, révélatrice des tensions persistantes entre le monde agricole et les autorités. Alors que la maladie continue d’évoluer et que les abattages se poursuivent, les prochains jours s’annoncent décisifs. Les éleveurs espèrent obtenir un infléchissement de la politique sanitaire, tandis que le gouvernement s’efforce de maintenir un cap présenté comme indispensable à la maîtrise de la maladie.

Partager