Colère agricole : du Sud-Ouest au Havre, la contestation s’étend contre le Mercosur
Colère agricole : du Sud-Ouest au Havre, la contestation s’étend contre le Mercosur

La mobilisation agricole se poursuit et change d’échelle. Malgré les annonces gouvernementales, les actions se multiplient sur le territoire, traduisant une colère qui ne faiblit pas. Après plusieurs jours de blocages et de rassemblements dans le Sud-Ouest, la contestation gagne désormais les grands ports et les axes stratégiques. En toile de fond, deux lignes de fracture dominent : le rejet de l’accord de libre-échange entre l’Union européenne et le Mercosur et les inquiétudes liées aux contraintes sanitaires imposées aux élevages français. Sur le terrain, les syndicats et collectifs agricoles jugent les réponses de l’exécutif insuffisantes. Ils estiment que les mesures annoncées ne répondent ni à la concurrence jugée déloyale des importations sud-américaines, ni aux difficultés économiques structurelles auxquelles sont confrontées les exploitations. Dans plusieurs départements, les blocages sont reconduits, déplacés ou transformés, avec une volonté assumée de maintenir une pression constante sur les pouvoirs publics.

Blocages persistants dans le Sud-Ouest, tensions avec l’État

Au Pays basque, la situation reste particulièrement tendue. Depuis plusieurs jours, un groupe d’agriculteurs se revendiquant comme les Ultras de l’A63 bloque l’autoroute à hauteur de Bayonne. Ce mouvement, qui se présente comme asyndiqué et apolitique, agit en dehors des cadres traditionnels. En parallèle, une mobilisation distincte est annoncée avec l’organisation d’un rassemblement intersyndical regroupant ELB, la Confédération paysanne Béarn, le Modef des Landes et la Confédération paysanne des Landes. Le point de rendez-vous choisi, dans une zone commerciale de Bayonne, illustre la volonté de donner une forte visibilité à l’action. Face à ces blocages, la préfecture appelle à une levée immédiate des entraves à la circulation, estimant que leurs conséquences économiques et logistiques sont disproportionnées pour le territoire. Les autorités préviennent qu’en l’absence de déblocage rapide, l’État interviendra pour rétablir la circulation. Cette fermeté intervient après plusieurs épisodes de tensions, notamment lors d’opérations de déblocage menées ces derniers jours sur des sites sensibles comme le port de Bordeaux. La contestation s’étend également à la Charente-Maritime, où deux mobilisations distinctes sont annoncées dans l’agglomération de La Rochelle. L’une, portée par la FNSEA et les Jeunes Agriculteurs, se concentre sur la promotion de l’origine française des produits agricoles. L’autre, plus incertaine, pourrait viser les dépôts pétroliers de La Pallice, avec des barrages filtrants et un cortège prévu vers la préfecture. En Dordogne et dans les Landes, les organisations agricoles annoncent de nouvelles actions, tout en évoquant déjà la possibilité d’une intensification du mouvement si aucune inflexion politique n’intervient.

Le port du Havre, nouveau front contre les importations

La mobilisation a franchi un cap symbolique avec une tentative de blocage du port du Havre. Plusieurs dizaines d’agriculteurs se sont installés sur un rond-point stratégique afin de contrôler les camions sortant du port. Leur objectif affiché est d’empêcher l’acheminement de produits importés qu’ils jugent non conformes aux normes françaises. Pour ces manifestants, le Havre représente un point névralgique des échanges commerciaux et, à leurs yeux, l’un des ports les plus exposés aux conséquences de l’accord avec le Mercosur. Les agriculteurs expliquent vouloir vérifier la nature des marchandises transportées et dénoncent des importations produites selon des standards qu’ils estiment moins exigeants que ceux imposés en France. Ils mettent en avant le risque d’une concurrence déloyale accrue, facilitée par la baisse des droits de douane prévue dans le cadre de l’accord. Selon eux, cette situation fragiliserait durablement les filières agricoles nationales. Au-delà du blocage ponctuel, les manifestants affirment vouloir inscrire leur action dans la durée. Ils estiment que l’entrée en vigueur du traité n’est pas irréversible et misent sur une mobilisation européenne plus large. Une nouvelle manifestation est d’ores et déjà annoncée le 20 juillet devant le Parlement européen, avec l’espoir de peser sur le processus de ratification. 

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